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Frances McDormand dans Nomadland.
Frances McDormand dans Nomadland.

L’exemple de ce qu’il ne faut pas faire

Carrefour des lecteurs
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Le Nouvelliste
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OPINIONS / On dit que dans la vie, il y a des exemples et des contre-exemples. À cet égard, le film Nomadland nous présente à mon avis ce qu’il ne faut pas faire. Non seulement, je suis allé voir ce film couronné aux Oscars mais le revoir afin de m’assurer de l’avoir bien «lu».

Qu’est-ce que ce film? Une femme sur la route à bord de son van plus ou moins aménagé; une vie de nomade des temps modernes. De «vrais» nomades dans le film incarnent les camarades et mentors de cette femme et l’accompagnent dans les vastes étendues de l’Ouest américain. On nous la présente comme une victime de la crise de 2008.

Elles font pitié bien sûr, ces personnes qui n’ont pas fait le bon choix; plutôt que de chercher à s’enraciner dans un milieu, créer des liens durables, des solidarités, bénéficier conséquemment de services, avoir une adresse, revendiquer, etc., elles ont pris la route dans de petits véhicules ou roulottes inconfortables.

Je crois depuis longtemps que la chose la plus triste au monde, ce sont les populations déplacées. Mais là, se déplacer quand on aurait pu faire autrement… J’ai vu dans ce film des gens qui ne trouvent rien d’autre à faire que d’admirer des paysages et des volées d’oiseaux; des gens qui sont bien à plaindre. Tenez-vous bien: il y a même une scène où la dame que nous suivons éprouve soudainement un malaise intestinal (un petit peu bruyant) si bien qu’elle baisse sa culotte et se déplace au-dessus d’une chaudière de plastique juste à côté d’elle afin de se soulager. Wow!

Je veux bien qu’on nous parle des victimes de la crise financière de 2008; des personnes qui ont perdu leur emploi, leur maison, mais la majorité ne s’est sûrement pas mise sur la route. On nous montre que certaines d’entre elles se trouvent du travail chez Amazon à faire des boîtes? Bien sûr que cette multinationale les accueille à bras ouverts; ce sont des gens qui n’ont rien et qui ne risquent pas de sitôt de s’organiser; des gens qui font l’affaire; en plein le type de personnes à exploiter sans peine…

Le film mélange les choses; d’un côté il aurait fallu un Michael Moore pour brasser la cage des injustices; de l’autre, une scénarisation plus appliquée afin de vibrer à cette femme qui reste un mystère, qui n’est pas susceptible d’emporter l’adhésion, l’émotion… Nous ne l’avons pas vue traverser les épreuves qui l’ont amenée à se mettre ainsi sur la route.

Réjean Martin
Trois-Rivières