Professeure à l’UQTR, l’auteure a pris la décision de ne pas assister à la collation des grades.

Lettre à vous mes chers étudiants

Je voudrais vous dire pourquoi, pour la première fois depuis mon embauche à l’UQTR, je ne serai pas avec vous samedi après-midi. C’est le cœur gros que je prends la décision de ne pas participer à la collation des grades.

J’ai toujours anticipé, ce moment avec un grand bonheur et une immense fierté. J’aime tellement ces moments d’émotions quand à l’appel de votre nom vous prenez possession de votre diplôme, vous signez le livre d’or, passez ensuite devant la haie d’honneur constituée par les professeurs et quand tous les gradués ont été célébrés, il y a le lancement symbolique du mortier, sans oublier les remerciements à vos proches et la reconnaissance de tous vos efforts. Moments magiques! Puis, afin de souligner dignement cet accomplissement, l’on quitte la salle ensemble, en cortège, sous les regards remplis d’orgueil et de bonheur de vos parents et amis. À la fin, il est possible de lever notre verre à votre réussite. C’est à cette occasion que radieux, vous nous prenez par la main pour nous présenter à vos parents, enfants, conjoint.e.s. C’est à cet instant, quand je vous regarde, si beau et rayonnant, que je réalise pourquoi j’ai choisi cette vocation de professeure d’université et que j’alimente ma flamme et nourri ma passion!

Cette année, malheureusement, des événements hors de mon contrôle sont venus bousculer l’ordre établi. La haute direction avec le plus total mépris a décrété un lock-out le 2 mai dernier. Sur ordre du gouvernement, celui-ci a été levé après 15 jours. Aucun protocole de retour au travail de signer et les négociations se poursuivent sous l’œil d’un médiateur et, pendant ce temps, les professeurs galèrent pour inclure dans un horaire déjà surchargé ces nombreuses heures à récupérer. Preuve de cette volonté professorale de minimiser les impacts sur votre carrière et votre avenir, vous célébrerez votre graduation cette fin de semaine. Mais je ne serai pas présente. D’une part, je dois travailler, des essais à corriger, un article à terminer, et des choix à faire parmi un tas d’urgences à résoudre. D’autre part, et c’est le plus important, l’avant cérémonie me demanderait d’être dans la même pièce que la haute direction, et cela j’en suis humainement incapable, pour le moment, puisque, comme pour plusieurs d’entre nous, les blessures sont trop fraîches.

Cette haute direction qui nous traite avec mépris et comme une simple colonne de chiffres, qui depuis le début de cette négociation s’acharne à démontrer qu’une université n’a pas besoin de profs. Cette haute direction qui n’a qu’un discours l’équilibre budgétaire, qui agit au mépris des lois, des règles et des mandats qui lui sont confiés et qui mise encore une fois sur mon abnégation pour minimiser les dommages collatéraux aux étudiants. C’est à cette haute direction que je dis: n’en jetez plus ma cour est pleine! Je serai incapable de vous regarder et de répondre à votre bonjour, car mes journées ne sont pas bonnes depuis le décret du lock-out et cela est votre responsabilité.

Bravo pour cette belle réussite à vous tous nos gradués, une belle et bonne collation des grades et croyez bien que je suis et serai de tout cœur et fière de vous chers étudiants.

Diane Gagné

Prof de tout cœur