Mariannick Mercure

L’esclandre

OPINION / La présence de l’ex-maire de Trois-Rivières à une marche sur l’urgence climatique relève d’un opportunisme éhonté. On parle ici d’un gourou de l’étalement urbain, de l’instigateur du complexe lego qui fait office de muraille le long de Trois-Rivières sur Saint-Laurent, d’un fanatique de voitures performantes et de vitesse, du grand protecteur du cheptel de motos qui tous les étés viennent enrichir la trame sonore du centre-ville d’un nombre assourdissant de décibels: on a parfois l’impression que le centre-ville est un tarmac! Avec un CV pareil, il aurait dû, à l’exemple de son chef conservateur, être fidèle à ses principes et se tenir à l’écart. Il était tout à fait normal et à propos qu’il se fasse enguirlander.

Que ce soit une élue qui le fasse plutôt qu’un simple citoyen ne change rien à l’odieux de cette présence opportuniste. Le hic c’est qu’on a braqué une caméra sur l’esclandre et qu’on ait lancé la vidéo sur la plateforme Facebook. Les médias sociaux sont des champs de tir où n’importe qui lance la première pierre; un cirque romain où d’un coup de pouce on t’envoie t’amuser avec les lions. Les tweets sont des armes à destruction massive, la novlangue réduit le langage articulé en purée: on parle mou, on écrit mou sur ces plateformes, n’importe lequel quidam va s’y faire les dents sans mesurer la portée de ses mots. Il faut se méfier du pouvoir des mots, ils peuvent tuer comme ils peuvent sauver.

Avoir lancé la vidéo sur Facebook témoigne d’une grave erreur de jugement. Quand, de plus, on ne saurait ignorer que Facebook est un gouffre sans fond, un ogre vorace qui consomme plus de 100 millions de kilowatts heure, ces amants de la ligne verte se tirent dans les pieds. Certes l’élue n’a pas à rougir ni à revenir sur ses propos, quand on sait que le personnage invectivé a passé tous ses mandats à n’en faire qu’à sa tête et à essuyer du revers de la main tous ceux et celles qui ne pensaient pas comme lui. Mais il serait opportun, par souci d’éthique et respect de la cause, de retirer la vidéo du site, si ce n’est déjà fait.

Quant au maire actuel, il n’était pas nécessaire de lyncher sa conseillère sur la place publique, il aurait dû s’en abstenir, garder le tout pour une séance extraordinaire du conseil. Il vient d’ouvrir une boîte de Pandore.

Christian Gagnon

Trois-Rivières