Les salaires des dirigeants de Bombardier font l'objet d'une couverture médiatique importante ces temps-ci.

Les salaires des patrons

L'auteur, Jean-Claude Bernatchez, est professeur titulaire en Relations de travail à l'Université du Québec à Trois-Rivières.
Les salaires des dirigeants d'entreprise font l'objet d'une réflexion dans l'opinion publique. Cette réflexion est sans doute alimentée par un contexte économique qui se traduit, depuis deux ou trois décennies, par deux crises boursières et des erreurs de parcours comme les pertes financières issues des billets commerciaux pour ne nommer que cela. Précisons que notre propos ne vise pas toutes les entreprises dont les pratiques rémunératrices fluctuent d'une situation à l'autre.
D'abord, les dirigeants des entreprises publiques ne gagnent rien par rapport aux dirigeants de grandes entreprises. Par exemple, le salaire annuel du directeur général d'un centre de santé de plus de 15 000 employés qui traite plus de 500 000 patients par année ne fait guère plus de 200 000 $.
C'est peu par rapport au salaire du PDG du Mouvement Desjardins qui affiche plus de 2 millions de dollars en 2016. Ensuite, le rapport salarial entre la rémunération du PDG d'une entreprise et celui d'un ouvrier s'est multiplié depuis les années cinquante.
Voyons le salaire annuel versé par quelques entreprises à leur PDG au Québec en 2013: Quebecor: 14 millions $; Alimentation Couche Tard: 7 millions $; Transcontinental: 4 millions $; Papier Résolu: 3 millions $ et Fromages Saputo: 3 millions $.
Depuis une décennie, les entreprises ont choisi d'élargir sensiblement la part des «stock options» et des «actions» dans le salaire annuel de leur premier officier. Ainsi, les actions occupent une large place dans leur rémunération. Cela ne va pas sans conséquence au niveau des stratégies de l'entreprise. Car le PDG, à l'instar des actionnaires de l'entreprise, a alors les yeux fixés sur une seule chose: l'augmentation de la valeur de l'action en bourse.
C'est ainsi que le salaire des dirigeants d'entreprises a suivi la hausse boursière. En clair, comme les «stock options» ou les «actions» constituent une partie appréciable de la rémunération des dirigeants d'entreprises, ceux-ci sont encouragés à investir l'essentiel de leurs énergies à faire monter la valeur boursière de l'entreprise. 
C'est là que les stratégies peuvent s'avérer frivoles. C'est la valorisation de la gestion à court terme. La valeur de l'action monte! Tout le monde y gagne au niveau des dirigeants de l'entreprise et de ses actionnaires!
Et comme la valeur boursière n'est pas toujours appuyée sur les réalités, l'inéluctable se produit: l'action chute! Mais entre-temps, tous les intéressés ont eu l'opportunité d'une prise de profits. Si les salaires des dirigeants montent avec la valeur des actions en bourse, ils ne descendent pas d'autant lors d'une correction boursière. Les salaires sont généralement peu flexibles à la baisse, quel que soit leur niveau.
Les salaires des dirigeants de Bombardier font l'objet d'une couverture médiatique importante ces temps-ci, fouettée par l'aide financière publique que cette entreprise vient d'obtenir. Mais, par rapport aux salaires des entreprises comparables, le salaire des dirigeants de Bombardier se situe plutôt dans la moyenne ou légèrement au-dessus. 
En clair, le salaire des dirigeants d'entreprise, un peu partout en occident, s'est inscrit dans une spirale vers le haut. Par exemple, celui qui dirait au Mouvement Desjardins que le salaire de son PDG est trop élevé pour une entreprise coopérative se ferait probablement répondre que ledit salaire est faible si on le compare à celui qui dirige une banque. Pourtant, comme le disait il n'y a pas si longtemps le slogan publicitaire du Mouvement Desjardins, «une Caisse populaire n'est pas une banque»!
Chacun peut justifier la hausse de son salaire en se comparant avec son voisin! Chose certaine, les salaires des patrons n'ont pas cessé de se distancer abondamment du salaire moyen versé aux ouvriers depuis une cinquantaine d'années! Cela entraîne des conséquences négatives spécialement en relations de travail lorsque l'entreprise fait des mises à pied massives ou exige que les salariés acceptent une baisse de leur salaire. 
Les dirigeants d'entreprise méritent un salaire conforme aux défis qu'ils relèvent. Le fait d'avoir élevé la part des actions dans leur rémunération induit une nouvelle valeur de gestion axée sur le court terme au lieu du long terme comme c'était le cas il n'y a pas si longtemps.
Cela a fait naître un nouveau phénomène décourageant pour les salariés: leurs avantages salariaux diminuent et ceux de leurs patrons augmentent! Lorsque cela se produit, les salaires des dirigeants perdent de la crédibilité dans l'opinion publique.