Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.

Les Québécois sont les plus enclins à aller au restaurant

Article réservé aux abonnés

L’auteur, Sylvain Charlebois, est professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie et directeur du Laboratoire de recherche en Sciences analytiques agroalimentaires.

Alors que nous nous dirigeons vers une économie plus normalisée, l’accent sera désormais mis sur la façon de rendre les gens plus à l’aise de vivre une vie normale, malgré la pandémie. Bien que notre économie en ait besoin, nos restaurateurs, eux, en ont désespérément besoin. Mais ce ne sera pas facile.

Selon un récent sondage mené à la mi-mai par le Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie et Angus Reid, 60 % des Canadiens sont d’accord pour aller au restaurant ou sont prêts à le faire, bien qu’ils demeurent prudents. D’un autre côté, 40 % ont l’intention de continuer à éviter les restaurants. Donc, essentiellement, deux Canadiens sur cinq n’envisagent même pas d’aller au restaurant au cours des prochains mois. Certains dans ce groupe toléreront le service ou la livraison en bordure de rue, mais beaucoup ne veulent tout simplement pas prendre de risque.

À l’échelle provinciale, l’Ontario se démarque comme la seule région où la majorité des consommateurs continueront d’éviter les restaurants. Au total, 51 % des Ontariens ont l’intention de s’abstenir de manger au restaurant pour le moment. C’est au Québec que les gens sont les plus confiants, alors que seulement 27 % des consommateurs ne sont pas encore prêts à aller au restaurant. C’est presque la moitié du taux de l’Ontario. Au Manitoba et dans les provinces de l’Atlantique, les pourcentages de personnes qui souhaitent éviter les restaurants sont élevés, mais les deux endroits se trouvent au milieu de leur pire vague de COVID-19 à ce jour.

Photo La Presse

Selon Statistique Canada, le secteur de l’hébergement et de la restauration embauche environ 74 % du nombre d’employés qu’il comptait avant le début de la pandémie en mars 2020. Les revenus, quant à eux, représentent 76 % des niveaux observés avant la pandémie. Le secteur fait face à des défis importants, mais pas à un point tel que les Canadiens devraient douter de sa résilience. Il se relèvera, sans aucun doute, mais il aura besoin d’aide.

Alors que la campagne de vaccination progresse bien, les variants de COVID-19 font vraiment de nos efforts une course contre la montre. La plupart des Canadiens penseront à la sécurité et à leur santé avant d’envisager de prendre un repas sur une terrasse avec leur famille ou leurs amis. Mais vivre dans la peur est une chose terrible, et les restaurants offrent une évasion parfaite à ceux qui sont prêts à sortir en prenant les précautions nécessaires.

De nombreuses provinces et municipalités ont fourni une aide financière et un soutien pour accommoder les restaurants qui recherchent plus de liquidités et des fonds pour créer un nouvel espace extérieur afin de servir les clients en toute sécurité. D’un autre côté, le gouvernement fédéral a clairement indiqué qu’il n’avait pas l’intention de faire grand-chose pour les services alimentaires, du moins pas directement. Soutenir le secteur privé sans aucune intervention des organisations à but non lucratif ou des sociétés d’État n’a pas été une option populaire pour Ottawa depuis le début de la pandémie. La situation des compagnies aériennes en est un parfait exemple.

Par contre, aux États-Unis, le Restaurant Revitalization Fund a ouvert son portail cette semaine. Des subventions totales de 28,6 milliards de dollars américains sont disponibles pour les restaurants, les bars, les camions de cuisine de rue et plus encore durement touchés par la pandémie. Ce fonds fournira une certaine aide pour rendre les établissements de restauration plus sûrs. Il s’agit d’une somme énorme par rapport à ce que les restaurateurs d’ici ont reçu.

Maintenant que nous voyons tous la fin de la pandémie, en quelque sorte, nous devons réfléchir à des moyens de faire sortir les gens. Un récent sondage suggère que de nombreux Canadiens ont pris du poids depuis le début de la crise, essentiellement à cause de nos modes de vie encore plus sédentaires. Si les gens ont peur des endroits comme les restaurants, notre économie et les petites entreprises auront du mal à s’en remettre. La demande refoulée pour des rassemblements sociaux aura une forte influence au début. Mais les restaurateurs devront faire en sorte que leurs clients se sentent en sécurité pour les plus prudents.

Selon l’évolution de la situation au cours des 12 prochains mois, la motivation des Canadiens pourrait également jouer un rôle clé et envoyer un message plus rassurant. Par exemple, des crédits d’impôt pourraient être accordés pour la fréquentation de restaurants, d’hôtels, de gymnases, de centres de yoga ou d’autres établissements de bien-être. L’économie canadienne a perdu 207 000 emplois en avril, et le taux de chômage a de nouveau augmenté. Il s’avérera essentiel de soutenir les petites entreprises et le secteur des services pour une reprise économique solide et durable. Compte tenu de la flexibilité de bon nombre d’emplois dans ces secteurs, la majorité sont occupés par des femmes, qui sont les plus durement touchées par la pandémie.

Beaucoup voudront rester à la maison pour des raisons de sécurité, et nous devons respecter leur choix. Cependant, d’autres auront encore besoin de ce coup de pouce additionnel après un an et demi d’hibernation. Le marché est différent, et les gouvernements peuvent jouer un rôle en étant plus positifs et rassurants, tout en préservant la sécurité de chacun.