Les Québécois boudent les applications de livraison en ligne

OPINION / L’auteur, Sylvain Charlebois, est professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie et directeur scientifique à l’Institut des Sciences analytiques en agroalimentaire.

Le marché des services de livraison à domicile connaît un grand essor à Montréal et ailleurs. Angus Reid Global et l’Université Dalhousie ont conjointement tenté de faire le point sur l’état du marché de ces applications chéries par un plus grand nombre de consommateurs voulant rester à la maison pour déguster leurs repas favoris. Selon les résultats du sondage, les Manitobains comptent le plus grand nombre d’utilisateurs de ces services de livraison. Plus de 39 % des Manitobains ont déjà utilisé ce service au moins une fois. Quant aux Québécois, à peine 15 % d’entre eux ont déjà utilisé un tel service.

Ces données nous révèlent possiblement deux choses. Pendant que les Manitobains aiment demeurer à la maison, les Québécois aiment sortir. Avec l’hiver qu’ils ont connu, peut-on vraiment blâmer les Manitobains? L’effet SKIP, cette entreprise basée à Winnipeg, a sûrement eu un rôle à jouer. Les consommateurs sans les régions atlantiques partagent à peu près les mêmes goûts que les Québécois, puisque 16 % d’entre eux ont déjà utilisé un tel service. Pendant ce temps, certaines entreprises se démarquent plus que d’autres. L’application manitobaine SKIP remporte la palme en popularité avec 23 % des parts de marché, suivie par UberEATS avec 14 %. Foodora et les autres traînent de la patte et se partagent des miettes ici et là. SKIP se distingue à première vue mais l’application est surtout connue pour sa volonté de faire la promotion des grands du service alimentaire et des chaînes bien établies.

L’idée initiale de base visait à offrir aux indépendants une occasion d’étendre leur marché, d’aller plus loin et de faire découvrir de nouveaux plats à des citadins friands de découvertes culinaires. SKIP n’a pas vraiment la même vision. Il faut chercher fort pour trouver des restaurants que peu de gens connaissent. La découverte est plus probable avec UberEATS. Cette application a d’ailleurs la plus grande part de marché au Québec avec 14 %. Mais pour la qualité du service au Canada, SKIP règne en maître avec un taux de satisfaction de 89 %, suivie d’UberEATS à 87 %. Les autres services ne font même pas partie de l’équation.

Pour ceux qui croient que ce marché se dégonfle, détrompez-vous. Plus de 31 % des Canadiens planifient utiliser un service de livraison à domicile d’ici les six prochains mois. L’engouement reste palpable à l’ouest du Québec. Pendant que 39 % des Saskatchewanais envisagent d’utiliser un tel service, les Québécois demeurent plus timides, puisque 23 % d’entre eux planifient faire la même chose. La région de l’Atlantique se situe à 18 %, moins d’un individu sur cinq. Pas moins de 56 % des personnes âgées de 18 à 34 ans recourent à l’un de ces services. Bien sûr, l’accès à un tel service affecte les résultats, mais la tendance est lourdement favorable à un plus grand nombre de livraisons à domicile.

Ces applications de plus en plus populaires nous sauvent la vie et améliorent notre qualité de vie, jusqu’à un certain point, car personne ne peut ignorer le coût environnemental de ces services. Bien que ces entreprises recherchent des options vertes, les voitures s’ajoutent à notre réseau de transport, l’essence et le suremballage des produits contribuent négativement à la lutte environnementale. Des ajustements s’effectuent lentement, mais certains services créent toujours un malaise. Et que dire du salaire des livreurs! L’entrée en bourse d’Uber a été minée justement par des accusations auprès d’Uber pour avoir diminué le salaire de certains de ses livreurs et conducteurs. Depuis son arrivée en bourse, l’action vaut à peine 40 dollars, sous sa valeur initiale lors de son entrée boursière quelques semaines auparavant.

Peu importe la région, attendre de voir entrer un client au resto ou au magasin ne suffit plus. Il faut une démarche plus proactive. Tout le monde a accès à ce genre de service, tant les restaurateurs que les clients. Être propriétaire d’un parc de voitures n’est plus nécessaire. Ces services offrent aux restaurants une meilleure chance de se démarquer par le talent culinaire, mais les habitudes demeurent difficiles à changer, ce qui explique peut-être le succès de Skip... du resto jusqu’à chez vous.