Philippe Couillard

Les mots peuvent blesser, en effet!

Je vivais dans l'Ouest canadien quand le gouvernement libéral de Robert Bourassa avait présenté sa Loi 178 sur l'affichage public et commercial. Une loi «nazie» m'avaient alors dit de nombreux anglophones et allophones. Favorable à cette loi, j'étais donc et forcément un «nazi». Un «nazi», rien de moins.
J'ai beaucoup oeuvré auprès d'anglophones et allophones un peu partout au pays et, outre l'accusation de «nazisme», j'en ai entendu des vertes et des pas mûres à propos des Québécois. J'ai aussi travaillé auprès de militaires et, même s'ils ne sont pas supposés émettre leurs opinions politiques, certains ne se gênaient pas pour qualifier les «séparatistes» québécois de «salauds», de «traîtres», de «terroristes», etc. Des mots blessants, fielleux et haineux.
En réaction à l'assassinat de six musulmans, Philippe Couillard nous a dit qu'il y a des mots qui blessent et font mal, qu'il faut manifester de la tolérance, et qu'il faut poser des gestes d'ouverture. Côté ouverture, le moins qu'on puisse dire, c'est que M. Couillard lui-même n'a pas prêché par l'exemple en chassant de son parti Mme Fatima Houda-Pepin, soit notre seule et unique députée musulmane.
Philippe Couillard, qui dénonce pourtant la culpabilité par association, a comparé François Legault à Donald Trump. À ce boutefeu de «Trump», rien de moins. Et M. Couillard a régulièrement manifesté son intolérance envers autrui en exprimant sa «détestation» des péquistes, en les qualifiant de «toxiques», et en les accusant d'être des «séparatistes» qui veulent «détruire» le Canada. «Détruire» le Canada, rien de moins.
Pour un bon nombre d'anglophones et d'allophones avec lesquels j'ai travaillé, le terme «séparatistes» est synonyme de «terroristes». Employer ce mot-là, c'est semer et entretenir auprès de certains la haine envers une partie de nos concitoyens pourtant pacifiques, car le discours haineux de M. Couillard sous-entend que le souverainisme québécois serait une aspiration politique illégitime et violente.
Cela s'apparente à la haine que certains entretiennent envers les musulmans pacifiques en les associant à tort aux islamistes sanguinaires, c'est-à-dire aux djihadistes. Les mots «musulmans» et «souverainistes» ne sont pas connotés, alors que les termes «djihadistes» et «séparatistes» sont chargés et maculés de sang. Les ignorants ne savent peut-être pas cela, mais un premier ministre devrait le savoir.
En 1984, le militaire Denis Lortie a quitté l'Ontario dans le but d'aller tuer René Lévesque et sa gang de «séparatistes» à Québec. Questions: Se pourrait-il que la haine des tueurs Denis Lortie et Richard Henry Bain ait été exacerbée par des propos haineux et virulents similaires à ceux tenus par M. Couillard? Se pourrait-il que, côté discours haineux, M. Couillard lui-même ne donne pas le bon exemple?
Pierre Desaulniers
Shawinigan