L'arrivée des jeunes filles françaises à Québec, oeuvre de Charles William Jefferys.

Les Filles du Roy: un devoir de réhabilitation et de mémoire

Un soir de novembre, je suis allée entendre une conférence sur les Filles du Roy donnée par Mme Irène Belleau, une retraitée de l'enseignement à Trois-Rivières et qui s'est intéressée aux Filles du Roy par hasard, dit-elle. En faisant sa généalogie, elle découvrit qu'une ancêtre était une fille du roi dans sa lignée.
Quelle immense surprise pour elle et depuis, elle ne cesse plus de les faire connaître de façon audacieuse et dynamique.
Selon le chercheur Yves Landry, spécialiste des Filles du Roy, il est venu 770 femmes entre 1663 et 1673. À l'école, anciennement, on avait appris que certaines étaient de sang royal et que d'autres étaient des filles de joie. Erreur! La plupart étaient orphelines et vivaient à l'Hôtel-Dieu de la Salpêtrière à Paris, et de ce fait étaient protégées par le roi.
Elles auraient été mandatées par le roi de France Louis XIV à l'époque pour venir peupler la colonie de Nouvelle-France. Nous nous devons de redresser l'histoire car l'enseignement reçu était erroné, incomplet, discriminatoire pour les femmes d'alors et de maintenant.
À l'époque, en 1663 en Nouvelle-France, il y avait six hommes pour une femme en âge de procréer. Ce déséquilibre des sexes mettait en péril l'engagement de peuplement du gouvernement royal de Jean Talon et du roi Louis XIV.
C'est dans ce contexte qu'arrivèrent en Nouvelle-France les Filles du Roy (770 femmes en dix ans), dans le but de faire le bonheur des colons et de peupler la colonie. Ces femmes ont connu une fécondité importante, répondant ainsi au destin qu'on leur avait fabriqué.
D'après la légende, c'est Marguerite Bourgeoys qui a été la première à les nommer «Filles du Roy». C'est que le roi Louis XIV acceptait de couvrir le coût de leur transport et, après le mariage, pourvoir sous forme de dot à la première année d'intégration de ces nouvelles venues.
Elles étaient travaillantes, jeunes et débrouillardes. La majorité d'entre elles furent recrutées en Île-de-France par le curé de la paroisse Saint-Sulpice de Paris, M. de Bretonvilliers.
Selon M. Landry, à cette époque, il est reconnu qu'on n'avait pas besoin de savoir lire et écrire pour vivre. Les bateaux arrivaient de France entre le mois de mai et le mois de septembre et c'est dès leur arrivée qu'elles prenaient mari. 
En tant qu'aînée, cette conférence extraordinairement intéressante sur les Filles du Roy m'a permis de voir jusqu'à quel point nos repères historiques étaient inexacts. Je souhaiterais fortement que, dans les meilleurs délais car il y a urgence d'agir, le ministère de l'Éducation et les instances concernées puissent adapter le programme d'histoire nationale du Québec et du Canada pour faire une plus grande place aux Filles du Roy et pour enseigner correctement cet épisode de notre histoire. Ce sont des pionnières du Canada!
Nous avons un patrimoine historique à notre portée: il sera bon de connaître ces femmes et de les faire connaître. 
Irène Belleau a mis sur pied la Société d'histoire des Filles du Roy dans le but de faire connaître la vérité sur les «mères de la nation». De plus, M. Landry a répertorié par leur nom ces Filles du Roy, leur origine, le nom de leur époux, le nombre d'enfants et le lieu d'établissement de ces couples et familles.
Ces femmes pionnières ont donné naissance à une nation! Ce n'est pas rien. Nous devrions valoriser l'apport inestimable de ces femmes par des commémorations, des anniversaires, des fêtes, comme on le fait pour les grands hommes. On devrait élever des monuments, nommer des places, des édifices, des rues en leur honneur.
C'est l'écrivaine Anne Hébert qui, en 1988, a le mieux résumé le rôle et l'importance des Filles du Roy dans son livre Le Premier Jardin: «Il faudrait les nommer toutes, à haute voix, les appeler par leur nom, face au fleuve, d'où elles sont sorties au 17e siècle pour nous mettre au monde et tout le pays avec nous.»
Marthe Meyers
Trois-Rivières