Les décisions de Mgr Bouchard

Le feu couvait sous les cendres depuis plusieurs années, mais la situation est devenue plus visible à l'automne dernier, lorsque par souci de faire face aux problèmes financiers de la paroisse Immaculée-Conception, les marguilliers ont réfléchi à différentes solutions et ont en fin de compte décidé de couper certains services.
L'évêque s'est retrouvé face à deux positions tranchées : d'une part l'acceptation des décisions des marguilliers et d'autre part celle des autorités religieuses en place, qui auraient préféré envisager d'autres solutions éventuelles.
Avant de prendre la meilleure décision à ses yeux, monseigneur a décidé de s'assurer que les différents partenaires en présence étaient tous des catholiques pouvant exercer leurs charges. Il a d'abord fait faire différentes recherches par son entourage immédiat. Puis, n'ayant qu'un seul supérieur (le pape), il a consulté le représentant du Saint-Père à Ottawa (le nonce apostolique). Les informations obtenues allaient toutes dans le même sens: il n'est pas possible d'être en même temps franc-maçon et catholique. Pourquoi pas, puisque certains membres sont sincères et même font du bien?
Il n'est pas possible de faire ici l'histoire complète de la franc-maçonnerie: personnellement, j'ai lu de nombreux ouvrages d'histoire et j'ai consulté Google. Le «hic» de l'opposition entre ce mouvement et l'Église catholique repose sur deux manières de comprendre la vie humaine, qui ne peuvent pas coexister dans une même personne en même temps: l'Église catholique repose sur une initiative de Jésus-Christ (pour l'Église, le Christ est Dieu-venu-sur-la-terre pour offrir une aide efficace à tous les humains qui veulent vivre avec lui et comme lui) alors que celle de la franc-maçonnerie repose sur une initiative humaine (la franc-maçonnerie considère que la personne humaine, pour se construire, part de ses propres capacités, non de l'intervention du Christ).
Pour l'Église, il y a un choix libre à faire, qui ne peut être imposé à la conscience de personne, choix qui doit être respecté donc, mais choix... Ce serait un peu comme si un fédéraliste militant voulait faire en même temps partie du Parti québécois...
C'est ce qu'elle entend par le mot «excommunication» rattaché à «Franc-maçonnerie». Une excommunication n'est pas une punition, mais un rappel vigoureux qu'il y a une question importante en jeu, si importante qu'elle implique un choix pour ou contre l'appartenance à l'Église.
Si une personne décide dans le sens contraire, l'Église respecte ce choix, mais en tire la conséquence principale, c'est-à-dire que cette personne ne sera de nouveau bienvenue dans l'Église que lorsqu'elle aura changé d'idée.
«Respect» ne veut pas dire «approbation» pour l'Église. Par exemple, dans un autre ordre de pensée, respecter la personne d'un sans-abri ne veut dire qu'on approuve tous les risques de son mode de vie.
Personne, pas même l'évêque, ne peut dispenser de cette loi universelle.
Mgr Bouchard n'a pas eu à excommunier qui que ce soit. Il a simplement rappelé l'existence d'une loi ecclésiastique sur laquelle il n'avait absolument aucun pouvoir.
M. Aubert, qui ne s'est jamais caché d'appartenir à la franc-maçonnerie, s'est senti visé; il devait faire un choix libre, et c'est ce qu'il a fait.
Les autres marguilliers se sont trouvés face à leurs questions financières, puis face à un événement qu'ils n'avaient pas vu venir: le choix de M. Aubert. Ils ont décidé de démissionner en bloc, non pas parce qu'ils étaient eux-mêmes franc-maçons, mais pour protester contre la décision de l'évêque de refuser leurs coupures.
P. Jean-Yves Marchand
OCD
Évêché, Trois-Rivières