Jean-Claude Fortin alors qu'il présentait, en juin 2010, le projet qu'il caressait pour le site de l'hippodrome de Trois-Rivières

Les courses à Trois-Rivières: un projet sans avenir

La ville de Québec se débarrasse finalement des courses de chevaux afin de pouvoir récupérer le terrain pour construire son nouvel amphithéâtre. Montréal se réjouit de la disparition de Blue Bonnets et va en raser les vestiges afin d'y établir un nouveau quartier. Ces dernières années, des villes en périphérie de la métropole ont toutes refusé d'accueillir un hippodrome.
Or, Trois-Rivières voudrait vivre à reculons en acceptant de ramasser les restes de l'industrie moribonde des courses de chevaux. C'est un non-sens! Pourquoi accepterions-nous ici ce que toutes les grandes villes québécoises rejettent?
Je suis vraiment à l'aise pour affirmer que les courses au Québec c'est bel et bien fini. Mon père m'a amené voir les chevaux sur ce que l'on appelait le coteau alors que je marchais à peine. Dès l'âge de cinq ans, je l'accompagnais aux courses. Je suis devenu un amateur fidèle au point d'acheter des coursiers avec mon frère. Nous adorions cette activité.
À cette glorieuse époque, Blue Bonnets était la Mecque des courses au Canada. Les meilleurs poulains américains et canadiens venaient s'y affronter pour le Prix d'Été et il se pariait souvent plus d'un million par programme de courses. Au Québec, sept hippodromes étaient alors en activité à travers la province. À Trois-Rivières, il pouvait s'y parier de 85 000 $ jusqu'à 135 000 $ les bonnes soirées.
Et puis le manque de vision, l'incompétence crasse et l'incurie de nos gouvernements successifs ont fait péricliter cette industrie et l'ont mise à mort avec la prolifération parasitaire des appareils de loterie-vidéo à chaque coin de rue.
Pendant ce temps-là, l'Ontario a su organiser cette activité avec une intelligence et un savoir-faire remarquables. Aujourd'hui, pendant qu'il ne se passe plus rien au Québec dans ce domaine, neuf pistes de courses sous-harnais et deux pistes de chevaux montés fonctionnent dans la province voisine.
L'an dernier, une vingtaine de programmes de courses ont été offerts à Québec. Il s'y gageait une moyenne de 20 000 $. Pour le dernier programme, en septembre dernier, on avait mis le paquet, dont une course de cinq milles, et il ne s'y est parié que quelque 50 000 $; des pinottes quand on pense qu'autour de 39 000 $ sont retournés aux parieurs; il reste alors 11 000 $ pour payer les taxes fédérales, provinciales, les employés et défrayer le coût des bourses offertes... La misère noire!
Ce mois-ci, quelques programmes sont offerts à Québec avant que les courses ne soient potentiellement déménagées ici. Dès le départ de la présente saison, un premier programme a été annulé par manque de chevaux. Le 7 avril, fin de semaine de Pâques, on a réussi à monter un ridicule programme de sept courses avec quelque 47 chevaux au total. Et le pari mutuel a totalisé la «rondelette» somme de quelque 8000 $!
En fin de compte, pas un seul homme d'affaires le moindrement avisé ne mettra une seule de ses piastres dans l'affaire. Je vais vous donner un «tuyau»: la reprise des courses ne pourra se tenir que sur la base d'une forme quelconque, encore une fois, de financement public. Ce qui m'apparaît comme carrément inacceptable. Assez, c'est assez.
Sous cet éclairage, ou bien notre ville hérite de ce canasson boiteux, ou bien Trois-Rivières se range derrière Jean-Claude Fortin, qui se propose de construire sur le terrain de l'hippodrome un hôtel ainsi qu'un centre de congrès qui contiendrait notamment un petit musée consacré à l'histoire des courses de chevaux. M. Fortin a déjà bien rempli sa promesse de construire un immeuble à logements et condos de très grande qualité, comme il l'a fait devant l'hippodrome.
Ainsi, dans l'intérêt de la population et pour le mieux-être de notre ville, je me rallie carrément à cette idée de mettre en valeur un terrain et un immeuble vacants depuis bientôt deux ans tout en réalisant un projet des plus prometteurs pour Trois-Rivières. Et à l'honneur de ce bâtisseur, Trifluvien d'origine, je souligne qu'il construirait encore une fois sans détruire un seul arbre!
Guy Godin
Trois-Rivières