Mariannick Mercure

L’émotivité aux commandes de la ville

Les auteurs, Stéphane Guay, Dave Angers et Valérie Ratelle-Gauthier, sont les instigateurs de la pétition contre le 40 km/h et pour une consultation publique concernant le projet «Vision zéro» à Trois-Rivières.

Depuis les dernières semaines, on peut dire que tout le dossier de l’adoption de la «vision zéro» et de l’imposition du 40 km/h par le conseil municipal a fait couler beaucoup d’encre. Avec raison, puisque vouloir changer les habitudes de vie d’environ 96 % des utilisateurs de la route, et ce, sans passer par une véritable démarche de consultation en amont ne peut que donner ce résultat.

Rapidement, deux camps ont été identifiés; d’un côté, les neuf élus municipaux qui se sentent légitimés d’agir au nom de tous et de l’autre, ceux que nous appelons trop souvent «la majorité silencieuse». Il aura fallu une demande d’accès à l’information afin d’avoir un peu de concret et accéder aux statistiques officielles. Ces chiffres sont limpides et parlent d’eux-mêmes: le nombre d’accidents graves est en chute depuis 2005, passant de 45 à 14. Côté mortalité, on enregistre une moyenne de 3,5 morts par année et le bilan demeure stable. Autre donnée intéressante, on dénombre 4 accidents mortels en zone résidentielle depuis 2013 et c’est cette même zone qui est présentement ciblée par la politique «vision zéro» et son fameux 40 km/h mur à mur.

À la lumière des faits, la conclusion est simple, le bilan routier sur le territoire de la ville est bon et il n’y a présentement aucun problème majeur de mortalité. Pourtant, le groupe des 9 persiste et signe en allant de l’avant avec cette vision qui ne passe pas le test de l’acceptabilité sociale. La «vision zéro» vient avec un immense bagage philosophique, dont entre autres, de mettre en priorité la sécurité aux dépens de la fluidité sur nos routes. De plus, elle aura un impact potentiel majeur sur les finances de la ville et imposera un changement considérable des habitudes de vie des citoyens. Est-ce nécessaire? La situation qui prévaut actuellement à Trois-Rivières nécessite-t-elle une mesure aussi radicale? Les chiffres nous démontrent que non.

Ce dossier émotif qui enflamme les passions sur la place publique nécessite maintenant une bonne dose de rationalité afin qu’une décision éclairée soit prise. Cependant, les élus ne semblent pas vouloir calmer le jeu. La publicité de la ville qui circule présentement sur les réseaux sociaux n’aide en rien à recadrer le débat. Faisant fi de la réalité du bilan routier, on préfère jouer la carte de l’émotivité. Il est vrai que chaque vie compte, mais, vivre, c’est aussi accepter une certaine portion de risque. Nous ne souhaitons à personne de perdre un être cher dans des circonstances aussi tristes. Par contre, la vie est composée de risques et personne n’est à l’abri d’accidents, et ce, même si nous voulons les réduire. Vivre est un risque en lui-même.

Triste à avouer, mais l’émotivité est présentement aux commandes de notre ville. Nous croyons qu’il est temps de sonner la fin de la récréation!