L'Amphithéâtre Cogeco

L'éléphant noir de Trois-Rivières

Il m'arrive assez souvent d'arpenter le plus beau site de la ville: Trois-Rivières sur Saint-Laurent. Chaque fois, je rencontre un immense éléphant noir.
Certains le trouvent beau, d'autres trouvent qu'il a coûté cher et qu'il a une particularité: il dort neuf mois par année. 
À l'occasion, il ouvre paresseusement un oeil pour accueillir quelques centaines d'assoiffés de sensations fortes qui aiment voir des boxeurs se taper dessus. 
Puis il se rendort.
On vient de décider qu'il aura un nouveau jouet: des jets d'eau qui amuseront aussi quelques bambins trois mois par année. 
Ce petit million aurait, il me semble, été beaucoup plus utile pour revitaliser un autre joyau, le parc de l'île Saint-Quentin.
Mais il est trop tard. Si c'est le cas, à quoi bon ressasser tout ça, me direz-vous? Tout simplement parce que les Trifluviens ont un devoir de mémoire.
Il y a quelques années, des milliers de citoyens ont voulu se faire entendre auprès des dirigeants de la Ville sur la façon d'utiliser ce lieu merveilleux. 
En vain. 
Plusieurs voulaient que cet espace devienne le poumon de cette ville. Une sorte de Central Park trifluvien qui aurait été fréquentable à l'année.
Des centaines d'arbres, un lieu de spectacles plein air, un petit lac, peut-être, etc. Bref, un endroit pour tous en tout temps. 
Mais le maire de cette ville avait une autre «vision». Appuyé par une courte majorité de conseillers, il a choisi le béton. 
Les Trifluviens devront donc continuer à nourrir notre pachyderme noir par toutes sortes de subventions et autres argents publics. 
Nous devrons tous nous en rappeler l'automne prochain.
Vous me direz qu'il y a des choses plus graves dans la vie. Assurément. Et il m'en vient une à l'idée: les Trifluviens s'apprêtent à réélire ce maire «visionnaire». 
Encore une fois, est-il trop tard pour nous offrir un conseil de ville à la hauteur de nos aspirations?
Clermont Dion
Trois-Rivières