Philippe Couillard

L'éducation pour les entreprises!

L'auteur, Pierre-André Julien, est économiste et professeur émérite à l'Institut de recherche sur les PME de l'UQTR.
Tous les dix ou quinze ans, on trouve un président du Conseil du patronat ou un politicien en mal d'auditoire pour relancer la question du comment amener le système scolaire à mieux former les élèves aux futurs besoins des entreprises.
Cette fois-ci, c'est notre premier ministre qui s'y met de peur que l'on oublie que, lui, il s'occupe des vraies affaires. Pourtant, encore personne n'a réussi à remettre sérieusement en question l'idée que l'éducation doit d'abord servir à former des citoyens capables de participer pleinement à l'évolution de la société. 
Il y a quelques années, à la suite de panels semblables en Allemagne et en France, nous avons réuni une vingtaine d'entrepreneurs pour leur demander quel genre d'employés ils prévoyaient embaucher dans dix ans.
Dans les trois cas, personne n'a vraiment été capable de répondre. Sachant que les produits et les équipements et probablement même l'aménagement de l'usine ou du bureau étaient différents d'une organisation à l'autre et que le tout ne pouvait que changer fortement pendant ce temps.
Finalement, ces derniers comprenaient qu'ils auraient besoin d'employés flexibles capables de s'adapter au changement et surtout capables d'apporter des idées nouvelles pour soutenir l'innovation nécessaire pour augmenter la compétitivité de leur entreprise. Ce que permet justement une éducation générale ouvrant les esprits. 
Ce qui veut dire qu'on aura toujours besoin d'employés connaissant le français et les mathématiques pour pouvoir lire et comprendre les livres d'instructions et le comportement des équipements. Ce qui veut dire aussi des cours d'histoire, de philosophie et de sociologie pour anticiper le changement et même le favoriser.
C'est d'ailleurs ce qu'a compris depuis longtemps une entreprise particulièrement innovatrice de l'Estrie qui envoie tous ses nouveaux employés suivre un cours de français et un cours de mathématiques avant leur entrée en fonction.
Le premier ministre ferait mieux de remettre dans les écoles toutes les ressources qu'il a coupées depuis plus de deux ans, ce qui lui permettrait enfin de s'occuper des «vraies» affaires.