L’auteur de ce texte a particulièrement apprécié le témoignage d’Adis Simidzija (notre photo), publié récemment dans ces pages, qui confirme le caractère intégrateur de l’école publique.

L’école publique pour favoriser la diversité, pour intégrer tout le monde

En réaction à la lettre d’Adis Simidzija intitulée «Je suis un réfugié et le produit de l’école publique», parue dans notre édition du 17 octobre dernier.

J’ai bien apprécié la lettre d’opinion d’Adis Simidzija intitulée «Je suis un réfugié et le produit de l’école publique» parue dans Le Nouvelliste.

À l’heure où l’on veut que la diversité des origines des gens ne fasse pas problème dans nos sociétés aujourd’hui et demain, il faudrait favoriser de façon radicale l’école publique pour que celle-ci soit fréquentée par une très large majorité de la population. C’est là la voie de l’intégration de tout le monde: dans le creuset de l’école publique.

Je l’ai déjà écrit mais je tiens à me répéter un peu ici à l’occasion de la pertinente lettre de monsieur Simidzija qui confirme le caractère intégrateur de l’école publique.

J’avais lu un long réquisitoire signé par l’écrivain Marco Micone au sujet du contexte scolaire dans lequel se retrouvent les nouveaux arrivants et qui s’intitulait La colère d’un immigrant où celui-ci expliquait entre autres que les nouveaux arrivants ne côtoyaient pas vraiment la classe moyenne de notre population partie enrichir les banquettes des écoles privées.

Il appert donc qu’en finançant l’école privée avec les deniers publiques à la hauteur que nous le faisons actuellement, nous détournons beaucoup d’enfants de l’école publique parce que leurs parents sont relativement en mesure de la leur payer mais surtout parce qu’on valorise insuffisamment l’école publique, qu’on ne lui donne pas les moyens d’être véritablement publique, appréciée.

Ce sont les choix politiques et financiers que font nos élus en finançant l’école privée à hauteur de 60 % à 75 % du coût (rapport Champoux-Lesage, 2014) qui nuisent dans ce contexte à l’intégration des jeunes issues des communautés culturelles et autres nouveaux arrivants, car ceux-ci ne se retrouvent qu’entre eux, coupés des nôtres.

En fin de compte, songeons qu’en subventionnant grassement l’école privée, nous fabriquons de façon solide un système à deux vitesses, deux mondes; un système qui contribue très certainement à la production d’inégalités; qui contribue à la reproduction de classes sociales.

Ceci n’est vraiment pas à notre honneur… En fait, c’est honteux, ce qui se passe! Bâtissons plutôt une grande, forte et attrayante école publique pour tous!

Vivement, souhaitons qu’on parle en priorité de ce dossier majeur aux élections provinciales de 2018 et d’ici là, puisque nous sommes déjà de toutes parts en campagne électorale.

Devons-nous nous ouvrir à accueillir de nombreux nouveaux arrivants au cours des années à venir? Certainement! Alors, nous devons identifier le moyen le plus sûr d’intégrer ceux-ci à nos communautés! 

Je termine en rappelant que le Conseil supérieur de l’éducation estime que la croissance actuelle du réseau des écoles privées additionnée à l’augmentation des projets particuliers et au nombre accru d’élèves en difficulté dans les classes ordinaires (rapport intitulé La concurrence en éducation conduit à l’iniquité) contribuent à miner la confiance que la classe ordinaire peut entretenir envers l’école publique.

Un homme comme Jocelyn Maclure, professeur de philosophie que le sujet de l’école intéresse grandement, écrivait il n’y a pas longtemps ceci: L’école publique sert évidemment à éduquer les enfants et à favoriser leur épanouissement individuel, mais elle permet aussi de réaliser des objectifs collectifs, comme promouvoir l’égalité des chances et le brassage culturel entre des enfants qui viennent de milieux familiaux très différents.

Je précise qu’il ne s’agit pas d’abolir les écoles privées, mais de cesser de les financer ou du moins, de fermer substantiellement le robinet.

Réjean Martin

Trois-Rivières