Alors que vient de se terminer le processus de consultation en commission parlementaire sur le projet de loi 21 sur la laïcité, l’auteur de ce texte propose une réflexion sur la signification du voile islamique et sur sa portée idéologique.

Le voile islamique et sa portée idéologique

OPINIONS / On sait d’ores et déjà que certains éminents légistes musulmans conseillent aux femmes musulmanes d’enlever leur voile parce qu’elles doivent respecter les lois de leur nouveau pays. Toutefois, connaît-on la signification du voile islamique et sa portée idéologique?

Précisons que le voile chez les religieuses chrétiennes symbolisait les «noces mystiques» de la religieuse avec Dieu. Il signifiait le renoncement et la lutte spirituelle pour se soumettre à la volonté de son Seigneur. Tandis que le voile islamique a un autre but: la séparation des femmes des hommes. Pour les islamistes, le hidjab sert de protection contre le désir sexuel et le regard dégradant de certains hommes. Notons que l’Islam impute à la femme la concupiscence de l’homme comme ce fut le cas jadis chez les catholiques.

Non seulement le voile sépare la femme des hommes, mais il sépare la croyante musulmane des incroyants. Dans les rues de Montréal, par exemple, le voile a pour but aussi d’isoler la femme qui le porte de ces Québécois, ces «kouffars», ces mécréants! Il faut savoir que dans le Coran on retrouve une vision hiérarchique d’un monde où les musulmans occupent la strate alpha et regardent de haut la classe des non-croyants en Allah. Aussi le voile devient-il un rempart pour que la femme musulmane ne puisse frayer avec ces populations «inférieures». Donc, le voile exprime un refus d’intégration. Il devient le porte-étendard de la résistance aux valeurs de notre civilisation occidentale et son mode de vie qui en découle considéré comme décadent.

Par ailleurs, dans l’inconscient collectif de bon nombre de Québécois, le foulard est perçu comme pouvant influencer les jeunes en milieu scolaire. Parce que l’acte d’enseigner ne peut être défini par les seules compétences didactiques; on doit y ajouter la personnalité de l’enseignante (le soi réel) auquel il faut joindre sa capacité relationnelle (le soi social) avec autrui: les élèves, les parents, les pairs, la direction… C’est ce tout qui interfère dans la dynamique d’un groupe et qui a une influence directe sur la motivation des élèves et conséquemment sur leurs résultats scolaires. S’il y a opposition entre le «soi académique» et l’un des deux autres, il y a perturbation.

Ainsi par exemple, si des parents ont des réserves sur le port du hidjab, ce jugement sur l’institutrice sera dommageable pour l’enfant en minant sa confiance dans son enseignante. D’autre part, comment en effet un jeune, surtout s’il est en difficulté, peut-il s’ouvrir à quelqu’un si son apparence crée une distance? Les élèves ont besoin de stabilité pour se motiver et progresser. Or, l’ambiguïté et la controverse qui existe sur le port du voile va nuire à leur motivation et leur réussite.

Même s’ils ne sont pas touchés par la loi 21, notons que dans les CPE où le voile intégral (niqab) s’est fait une place, il a un rôle perturbant parce qu’il ne laisse voir que les yeux. Dans le processus éducatif, il y a nécessité d’un contact humain avec les enfants. Aussi, l’enfant doit-il voir le visage et tout l’être de ses enseignantes afin d’établir une véritable communication avec elles. S’il se bute au niqab, il y a là un refus de communication: en somme, un rejet de l’enfant qui peut avoir des conséquences psychologiques importantes.

Qui plus est, ces enfants vont grandir, mais conditionnés dès leur jeune âge, ils ne verront rien à redire à côtoyer des femmes voilées, ou entièrement couvertes. C’est le but même de l’Islam: habituer les gens du pays d’accueil aux particularismes des musulmans, à leurs mœurs et coutumes pour que cela devienne familier et que ceux-là et qu’en occurrence les Québécois acceptent plus aisément les valeurs islamiques.

Comment le peuple québécois, généralement tolérant, jaloux de sa liberté d’expression sous toutes ses formes, ne peut-il se résoudre à appliquer cette liberté aux autres qui veulent porter des signes religieux ostentatoires? À cause de la prolifération du foulard islamique dans toutes les sphères de la vie sociale. Un signe d’islamisation. On force aujourd’hui des fillettes de 8 et 9 ans à le porter. Les balises de la loi 21? Trop fragiles. Elles ne donnent pas de réponse satisfaisante aux inquiétudes des Québécois. Mais c’est un point de départ. De leur côté, les islamistes fulminent parce que l’implantation effective de la laïcité au Québec va retarder un tant soit peu leur chance d’imposer leur culture, de continuer à prendre de l’ascendant.

Roger Greiss

Shawinigan