Stéphan Frappier
Le Nouvelliste
Stéphan Frappier
Joyce Echaquan
Joyce Echaquan

Le visage du changement

ÉDITORIAL / Joyce Echaquan a été conduite à son dernier repos mardi dernier dans la petite réserve atikamekw de Manawan. La tristesse est forte, l’incompréhension est généralisée et la colère, légitime. 

Il faut maintenant tout mettre en oeuvre pour faire la lumière sur ces horribles événements et, surtout, mettre en place des actions pour que jamais plus une chose pareille ne se reproduise. Il n’y a plus de doute possible: le racisme est présent dans notre quotidien et il faut aujourd’hui saluer le courage de Joyce Echaquan qui a levé le voile sur des traitements carrément inacceptables en 2020.

Triste que cette mère de sept enfants ait dû payer de sa vie pour nous en donner l’incontestable et révoltante illustration. Encore plus triste qu’elle ait dû, pour ce faire, avoir l’ultime réflexe de filmer cette infirmière et cette préposée qui se sont affairées à l’insulter plutôt que de prendre dignement et efficacement soin d’elle. C’est honteux!

Merci, Mme Echaquan, de nous avoir fourni cette irréfutable preuve ayant mené au congédiement d’employées qui n’ont visiblement pas les outils pour venir en aide aux personnes en difficulté et en détresse. Il faut maintenant s’assurer que ces personnes ne récupéreront jamais leur droit de pratiquer dans le système de la santé.

Le gouvernement a été obligé de s’excuser. Avec raison. Des excuses ont été adressées à votre famille et à vos proches qui doivent traverser des moments d’une douleur innommable. Elles auraient dû également être faites à l’endroit de toutes les nations autochtones qui se sentent interpellées par ces événements dégradants et qui attendent depuis déjà trop longtemps des changements. Un immobilisme qui aura finalement coûté le poste de la ministre des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours.

Merci d’avoir enfin forcé le gouvernement Legault à bouger et à dépoussiérer le rapport Viens qui, il y a un an à peine, soulevait noir sur blanc cette discrimination dont sont victimes les membres des Premières Nations dans leurs relations avec les services publics. Les choses auraient pu être bien différentes pour vous si les conclusions de ce rapport avaient été appliquées plus rapidement.

Les autorités n’ont maintenant plus le choix: elles doivent mettre en place des mesures efficaces et revoir la formation des travailleurs de tout le secteur public pour que ceux-ci aient une approche qui respecte à la fois vos valeurs et vos croyances. Qui vous respecte, point.

La mise en place d’une enquête publique nous permettra de comprendre ce qui s’est passé dans cette chambre d’hôpital de Joliette et d’entendre les membres de votre famille et les gens des Premières Nations qui viendront raconter, encore une fois, toutes les injustices que vous devez affronter en 2020.

Mais aujourd’hui, il y a de l’espoir. Grâce à vous. Merci de nous permettre d’entrevoir enfin de vraies solutions. Merci de nous permettre d’espérer que votre mort puisse trouver un sens à travers le changement. Le vrai.

Ces événements nous amènent à réfléchir sur ce que peut être vraiment le racisme systémique. Et c’est tant mieux. Une réflexion que le gouvernement refuse mystérieusement de faire mais qu’il devra inévitablement envisager s’il veut vraiment trouver des solutions qui vont résister au temps.

Merci de nous forcer, tant au niveau individuel qu’institutionnel, à porter un regard critique sur nos mots, nos gestes et nos approches. De nous pousser au-delà de cette injustifiée stigmatisation historique pour aller là où l’on peut mutuellement se connaître, se comprendre, se respecter et s’aider.

Permettez-nous de citer votre nom en exemple pour rappeler à nos enfants que tout le monde a droit au même respect et aux mêmes droits dans un pays comme le nôtre.

Merci de nous avoir mis en pleine face cette petitesse pour nous faire grandir. Merci de nous rapprocher, dans la douleur, vers la confiance et la réconciliation.

Que votre nom devienne le symbole du vrai changement.

Reposez en paix, Mme Joyce Echaquan.