La démonstration l’impact économique et touristique d’un train à haute fréquence (TGF) qui passerait par Trois-Rivières n’est pas si facile à faire selon l'auteur.

Le TGF serait profitable à qui?

L’auteur, François de Grandpré, est économiste et professeur de tourisme à l’UQTR.

OPINIONS / La tentative de démontrer l’impact économique et touristique d’un train à haute fréquence (TGF) qui passerait par Trois-Rivières n’est pas aussi facile à faire que ne le laissent penser les entrevues diffusées dans les médias trifluviens au cours des dernières semaines. Il est possible de pressentir les entrées potentielles de nouvel argent dans l’économie trifluvienne aux phases de construction, de gestion et d’utilisation de ce service de transport, ce qui correspond aux trois étapes (immobilisation, gestion et usages) de calcul des dépenses que nécessite l’évaluation de l’impact économique direct, indirect et induit d’un projet. Mais qu’en est-il des «fuites» que cela entraînera sur l’économie locale et régionale? Les fuites d’argent hors du territoire étudié sont tout aussi importantes à estimer que les entrées. En d’autres mots, est-ce que les fuites attribuables aux investissements que devront faire les Trifluviens pour la gestion et l’exploitation de ce service seront contrebalancées par les entrées d’argent? Qu’est-ce qui sera le plus grand? L’attrait de Trois-Rivières pour ceux qui habitent ou transitent par Montréal, Québec ou Toronto ou l’attrait que représentent ces trois destinations pour nous, Trifluviens et Mauriciens? Les réponses à ces questions demeurent très difficiles à obtenir à ce stade-ci du projet, car elles dépendront de plusieurs facteurs (promotion, lobbying, comportement des voyageurs actuels et futurs, etc.). Les réponses à ces questions sont pourtant requises pour mesurer correctement l’impact économique du projet pour Trois-Rivières. C’est pourquoi il est difficile de prédire quelles étapes du trajet Toronto-Québec auront un gain positif sur le plan strictement économique et touristique. Il est tout aussi difficile de savoir à quel prix Via Rail rentabilisera ce service; prix qui sera nécessairement assumé par vous et moi. En revanche ce qui est clair, c’est que le train représente un moyen de transport nettement plus écologique que l’auto ou l’avion et plus agréable que l’autocar. Les émissions de CO2 par voyageur au kilomètre sont plusieurs dizaines de fois moindre que l’auto, l’avion, ou pire encore, le bateau de croisière. Encore faut-il que le taux de remplissage soit convenable (autre question difficile à répondre à ce stade-ci du projet).

Sur cette base, le TGF n’est plus essentiellement une question de micro et de macroéconomie, mais une question de responsabilité sociale dans le respect des gens qui souhaitent voyager de manière plus responsable, avec une pensée particulière pour nos enfants et tous ceux qui habiteront au Québec et en Ontario dans un proche et moyen avenir. Il faut aussi prévoir que cette tendance de voyage plus responsable privilégiant des destinations de proximité pourrait être à la hausse. Avec le TGF, la «Belle d’à côté», ne s’en trouvera que plus attrayante.

Considérant le contexte actuel d’urgence climatique, la réponse à la question en titre serait donc que le TGF pourrait profiter à toutes les personnes, présentes et futures, qui aimeront voyager dans un cadre un peu plus responsable.