Le système de pourboires dans les bars et restaurants est-il devenu archaïque? L'auteur de cette lettre estime que le pourboire devrait être compris dans le prix des items figurant au menu de ces établissements.

Le temps d'un pourboire

Le pourboire trouverait ses origines au 18e siècle.
Le patron installa sur son comptoir un pot comportant les inscriptions: To Insure Promptness, de là le TIP (pour être servis plus vite).
L'expérience d'aujourd'hui avec la restauration rapide qui interdit le pourboire contredit ce principe. Ces employés sont très performants, mais le gérant s'en occupe.
Depuis quelque temps, on entend parler des pourboires aux serveurs; 10 %, 15 %, sur la facture, sur la table, à partager ou non avec le personnel.
Chose certaine, certains restaurateurs se font entendre pour que le pourboire demeure inclus sur la facture; «cela serait plus juste pour tout le personnel», disent-ils. D'autres vont plus loin: ils veulent les frais de service sur la facture et gardent le pourboire en option le beurre et l'argent du beurre.
Je crois qu'il est temps d'abandonner ce système archaïque de la rémunération au pourboire. Dans la restauration comme dans les autres commerces, le coût du produit fini est fixé d'après le total des frais fixes: loyer, énergie, salaire des employés, etc., et la marge de profit. 
Pas surprenant que le restaurateur tienne obstinément à déguiser un de ses frais fixes en pourboires; il a bien compris le principe de «passer au suivant». Le serveur ne devrait pas se fier à la charité du client pour arrondir son salaire. Le métier de serveur devrait redevenir une carrière et non pas essentiellement un travail d'étudiant comme dans la restauration rapide.
Aux personnes qui soutiennent qu'ils laissent un pourboire, s'ils ont reçu un bon service, je répondrai que le bon service est la condition première pour garder son emploi. S'il ne donne pas un bon service, le patron devrait s'en occuper.
Par ailleurs, la notion de salarié à pourboire dans la loi du salaire minimum ne devrait pas exister; c'est du lobbyisme non déguisé de la part des restaurateurs. S'il n'y avait pas de salaires soumis aux pourboires, les restaurateurs devraient respecter ses serveurs. Lorsqu'un serveur fait un très bon travail, le patron devra lui donner un salaire suffisant pour ne pas le perdre.
En clair, la facture devrait comporter deux postes: le prix des produits servis et les taxes. Il est hors de question de voir les frais de service ni les pourboires qui, par «définition comptable», sont à la charge de l'employeur.
De cette manière, il n'y aura plus deux catégories de personnel; ceux qui travaillent dans l'ombre et ceux qui doivent quêter les clients pour avoir un salaire raisonnable.
Les restaurateurs vont sûrement sortir l'épouvantail de «les prix vont augmenter»; c'est clair, mais le client aura une seule facture à payer qui représente les frais réels de ce qu'il reçoit et il ne sera plus mal à l'aise avec cet éternel pourboire. 
De mémoire, cette augmentation s'est déjà fait sentir lorsque les restaurateurs ont été obligés de déclarer toutes leurs ventes avec la cliquette de revenu Québec. Le commerce se faisait autant «sous la table» qu'en dessus. Ceux qui profitaient abusivement de ce système ont simplement dû fermer leur porte et cesser cette concurrence déloyale.
Ce fléau des pourboires est encore plus criant dans la coiffure. Si le client ne laisse pas un bon pourboire; la prochaine fois, il aura peut-être de la difficulté à avoir le rendez-vous à l'heure qui lui va le mieux, ou il en ressortira avec une tête affreuse. Un certain chantage quoi!
Il y a des cas auxquels le pourboire pourrait s'appliquer lorsque l'employé accomplit plus que son travail régulier. Par exemple, le chauffeur de taxi qui aide le client à porter les valises ou les paquets d'épicerie.
Donner un pourboire à un employé pour qu'il fasse son travail correctement, c'est un peu comme l'administrateur public qui reçoit un boni parce qu'il a coupé dans les services à la population.
Quand le restaurateur se plaint de la rentabilité de son commerce, il devrait se questionner: «Coudonc, y a bien trop de restaurants!». Les gens prennent trois repas par jour, même si je double le nombre de restaurants, ils n'en prendront pas six; j'espère!
Il est plus que temps que nos politiciens mettent un peu d'ordre dans ce secteur d'activités.
Gaétan Yelle
Trois-Rivières