Le temps de se faire entendre

ÉDITORIAL / Assistera-t-on, à Trois-Rivières, à une autre levée de boucliers de citoyens qui n’aiment pas se faire dicter leurs comportements individuels? Après l’abaissement souhaité des limites de vitesse en zone résidentielle et les nouvelles dispositions concernant l’utilisation de l’eau potable, voilà que la Ville s’apprête à aborder la question des plastiques à usage unique. Il était grand temps.

La Ville de Trois-Rivières annonçait plus tôt cette semaine qu’elle tiendra une consultation publique sur les plastiques à usage unique. De nombreuses villes et municipalités ont déjà adopté des règlements en cette matière, principalement en ce qui a trait aux sacs de plastique.

Contrairement à d’autres sujets sensibles, l’utilisation de ces plastiques fait l’objet d’une vaste remise en question depuis plusieurs années déjà. Le fait que Trois-Rivières emboîte le pas à ce moment-ci devrait permettre de franchir plus facilement les étapes liées à l’acceptabilité sociale et à l’intervention politique.

L’idée de consulter la population, les industries, les entreprises et les commerçants concernés par la question, doit être saluée. Cette démarche s’inscrit parfaitement dans la mouvance de la participation citoyenne, un processus que la Ville avait choisi de privilégier lorsqu’elle a remanié sa direction des communications.

Il s’agit, bien souvent, d’un moyen efficace pour atténuer les risques de dérapage et l’effet de surprise lié à des mesures qui pourraient susciter un certain degré de controverse. Il s’agit, surtout, d’un outil indispensable pour mettre la population dans le coup et la rapprocher de l’appareil décisionnel.

Sur la question des plastiques à usage unique, la Ville devra notamment évaluer la pertinence de les interdire et de voir jusqu’où pourraient s’entendre les restrictions: objets de plastique, sacs de nettoyage, emballages alimentaires, etc. À défaut de voir les gouvernements provincial et fédéral prendre des initiatives en ce sens, ce sont les villes qui l’ont fait. Ou encore des joueurs importants du marché, comme Sobeys tout dernièrement.

Les démarches municipales et corporatives sont louables, mais il faut souhaiter une législation gouvernementale sur le sujet. Parce qu’en matière de restriction concernant le recours à des objets en plastique à usage unique, il sera important d’avoir un peu de cohérence et d’uniformité. Au fédéral, Justin Trudeau a annoncé que son gouvernement avait l’intention d’interdire les plastiques à usage unique à partir de 2021. Au Québec, la réflexion est loin d’être aussi avancée.

En matière d’écoresponsabilité, il n’y a pas de gestes inutiles. L’idée de bannir les sacs en plastique peut paraître banale, mais elle le devient un peu moins quand on considère que les Québécois utilisent en moyenne 2,5 sacs de plastique par semaine, soit 130 sacs par an.

S’il se trouve encore des opposants ou des sceptiques, c’est maintenant qu’ils doivent se faire entendre. On veut aussi, évidemment, entendre les idées des citoyens qui sont favorables à cette idée.

La consultation aura lieu le mercredi 18 septembre à 19 heures au pavillon Maurice-Pitre, situé au parc Laviolette.

La démarche, dit-on, a pour but d’informer les participants et de solliciter les opinions et les suggestions de citoyens, d’organismes et d’associations intéressés par les enjeux environnementaux. La consultation sera amorcée par une courte présentation des enjeux soulevés par l’usage unique des plastiques par Marc Olivier, chimiste et chercheur du Centre de transfert technologique en écologie industrielle associé à l’Université de Sherbrooke.

Espérons que le processus d’adoption d’une politique ou d’une réglementation en cette matière ne s’étire pas trop dans le temps. Le Québec et le Canada ont déjà suffisamment de retard en ce qui a trait aux restrictions liées aux plastiques à usage unique.