Martin Francoeur
Donald Trump avait prétendu, dans un message, que le vote par correspondance permettait de truquer les élections, donnant même l’exemple selon lequel le gouverneur de la Californie envoyait des «millions» de bulletins de vote à n’importe qui dans cet État, y compris à des immigrants irréguliers. Comme plusieurs allégations de Trump, celle-ci n’est pas fondée. Et c’est pourquoi Twitter a ajouté une note de vérification (fact-checking) à ce message.
Donald Trump avait prétendu, dans un message, que le vote par correspondance permettait de truquer les élections, donnant même l’exemple selon lequel le gouverneur de la Californie envoyait des «millions» de bulletins de vote à n’importe qui dans cet État, y compris à des immigrants irréguliers. Comme plusieurs allégations de Trump, celle-ci n’est pas fondée. Et c’est pourquoi Twitter a ajouté une note de vérification (fact-checking) à ce message.

Le petit oiseau qui picosse Trump

ÉDITORIAL / Il n’aura fallu que quelques jours pour qu’un président agacé par un avertissement de message trompeur épinglé par Twitter sous un de ses tweets déclare une guerre ouverte contre ce réseau symbolisé par un petit oiseau bleu en apparence inoffensif et plutôt guilleret. Mais cette tentative de museler ou de contrôler les réseaux sociaux risque fort de se retourner contre Donald Trump. Tôt ou tard, on se rendra compte qu’il y a aux États-Unis des protections constitutionnelles qui sont plus fortes que des coups de gueule présidentiels.

Au lendemain de la signature d’un décret visant à limiter la protection judiciaire des réseaux sociaux sous prétexte de défendre la liberté d’expression, Twitter a persisté et signé en émettant un avertissement d’incitation à la violence à la suite d’un tweet présidentiel sur la répression associée aux émeutes de Minneapolis.

C’est un véritable pied de nez envers Donald Trump, qui voyait son message publié mais pour lequel Twitter avait désactivé la possibilité de le liker, de le partager ou de le commenter.

La plateforme, on le sait, dispose de toutes sortes d’outils lui permettant de modérer les contenus qui enfreignent son règlement ou, depuis peu, à avertir le lecteur de la possibilité d’une information erronée. C’est ce message qui avait été brandi, plus tôt cette semaine, lorsque le président Trump dénigrait le vote postal comme solution possible pour la présidentielle de novembre prochain.

Donald Trump avait prétendu, dans un message, que le vote par correspondance permettait de truquer les élections, donnant même l’exemple selon lequel le gouverneur de la Californie envoyait des «millions» de bulletins de vote à n’importe qui dans cet État, y compris à des immigrants irréguliers. Comme plusieurs allégations de Trump, celle-ci n’est pas fondée. Et c’est pourquoi Twitter a ajouté une note de vérification (fact-checking) à ce message.

Bref, c’est la guerre entre Twitter et Donald Trump. Ce dernier avait même annoncé avec mystère – ironiquement par le biais d’un tweet – qu’il allait poser un geste pour, finalement, se venger de la modération de contenu effectuée par son média de prédilection.

Il était d’ailleurs grand temps que Twitter le fasse. On comprend mal pourquoi ça ne s’est pas fait avant.

Twitter et les réseaux sociaux, en vertu d’une loi de 1996, sont considérés comme des plateformes, des véhicules pour les propos de certains individus. Trois cent trente millions, plus précisément, dans le cas de Twitter. Cette loi prévoit une protection contre des poursuites en diffamation, notamment.

Le décret signé jeudi visait à suspendre cette immunité des réseaux sociaux, sous prétexte que la liberté d’expression était menacée et que les voix conservatrices étaient muselées sans raison. Sur le plan juridique, ça présente des failles importantes, en vertu du premier amendement qui se retrouverait violé si on impose des contraintes réglementaires à des médias sociaux en raison de ce qu’ils font avec le droit à la libre expression.

Manifestement, le but de Donald Trump, sachant sans doute que son décret «coup d’éclat» ne tient pas la route sur le plan juridique, était de faire peur aux médias sociaux. Il s’en prend à eux comme il s’en prend depuis toujours aux médias traditionnels qu’il accuse d’être des machines à fabriquer et à diffuser des fausses nouvelles.

En apparence, le président s’est trouvé une nouvelle cible. Mais dans les faits, il veut ajouter des individus, des entreprises ou des institutions à la liste des boucs émissaires qu’il pourra facilement blâmer s’il devait subir la défaite.

C’est ironique de voir que les coups qui portent le plus jusqu’à maintenant viennent de Twitter, qui depuis plusieurs années permettait à Donald Trump de répandre des mensonges et des insultes impunément et pour son avantage politique.

Les réseaux sociaux ne doivent surtout pas capituler dans ce qui risque de devenir un important combat pour la liberté d’expression. Ou une manœuvre de diversion pour une campagne électorale qui s’annonce pénible.