Le petit gars du coin

La candidature d'Alexis Deschênes pour le Parti québécois à Trois-Rivières ne fait pas l'unanimité, on lui reproche d'être un parachuté. Évidemment, il y a lieu de critiquer un processus de nomination qui a pu déplaire, surtout s'il donne l'impression d'avoir écarté de bonnes candidatures de la région comme d'ailleurs. Il est toutefois surprenant que le principal défaut que l'on reproche au politicien est de ne pas être de la région.
Autrefois, les rois, dont le métier était de régner, étaient appelés à l'étranger sans que leur lieu de naissance ne cause problème. Ainsi, par exemple, les Bourbons ont régné à différents moments de l'histoire en France, en Italie, en Espagne, en Pologne, en Écosse et au Brésil.
Aujourd'hui, le même phénomène s'observe chez les patrons de multinationales qui sont appelés à aller travailler dans toutes les grandes villes du monde peu importe l'endroit d'où ils viennent.
En politique, ce ne semble pas être le cas, les politiciens exercent le pouvoir de l'endroit d'où ils sont originaires et ne cessent de le revendiquer. Le meilleur exemple vient d'ailleurs de Mauricie où Jean Chrétien, même devenu premier ministre du Canada, tenait à se présenter comme le «petit gars de Shawinigan».
Pour le politicien, son lieu de naissance est devenu un argument politique à son avantage ou son désavantage.
Dans toutes les campagnes électorales, on ne manque jamais de souligner, si c'est le cas, que le politicien est né dans le coin comme si c'était une garantie pour que l'élu se soucie des «gens d'ici» ou du moins plus que quelqu'un qui viendrait de «là-bas». Si ce n'est pas le cas, il se fera reprocher d'être un parachuté.
On voit de plus en plus de candidatures politiques à des postes nationaux qui se présentent comme défenseur de leur région ou de leur comté. Un peu comme des roitelets de province ou des seigneurs moyenâgeux. On présente un candidat du coin qui semble se soucier uniquement des enjeux locaux et non des enjeux nationaux - et encore moins des enjeux mondiaux - ce pourquoi il est aussi élu.
Les politiciens revendiquent une appartenance locale ou régionale si forte qu'on a parfois l'impression qu'ils oublient qu'ils travaillent pour le pays en entier et que leurs actions ont bien souvent des répercussions sur le reste de la planète. Est-ce qu'un politicien issu d'une région va mieux défendre les intérêts de cette région qu'un politicien qui vient d'ailleurs? Ce n'est en rien une garanti. C'est l'équivalent de penser qu'un médecin sera plus compétent s'il a déjà été malade !
Qui plus est, on est loin du débat politique ou du débat intellectuel courageux qui consisterait à convaincre, grâce à de la réflexion, grâce à des arguments, que les opinions que l'on défend vont dans le sens de la raison et de l'intérêt général.
C'est la démocratie qui en souffre puisque cette personnification du politicien, où l'on insiste sur ses origines régionales, ne fait qu'éclipser les programmes et les idées politiques. Plutôt que de débattre des enjeux régionaux et nationaux, on ne fait que renforcer la désaffection des citoyens pour la chose publique, le cynisme ambiant et le discrédit qui frappe la classe politique.
Philippe Bernier Arcand
Auteur de La dérive populiste
(Poètes de brousse, 2013)