L’auteur de cette lettre propose différentes pistes de solutions pour s’assurer que la déclaration d’amour qu’on observe ces jours-ci envers la presse écrite régionale puisse se transformer en relation solide et durable.

Le Nouvelliste: de la déclaration d’amour au contrat de mariage

OPINIONS / C’est souvent lorsque l’on s’aperçoit que l’on peut perdre l’être aimé que l’on fait nos déclarations d’amour les plus vibrantes. Devant la menace de disparition du Nouvelliste, nous avons eu droit à plusieurs déclarations d’amour ces derniers jours… et tant mieux! J’y ajoute la mienne. Je suis en amour avec une information régionale de qualité, ce que nous offre Le Nouvelliste.

Notre quotidien doit donc demeurer bien vivant dans notre territoire et chacun peut contribuer en s’abonnant ou, pour les entreprises, en réservant une portion de leur budget de publicité pour Le Nouvelliste.

Mais l’amour ne suffit pas. Il faut se donner un contrat de mariage, c’est-à-dire regarder le financement à long terme. Le moindrement que l’on fouille le dossier, on s’aperçoit que les abonnements et la publicité des entreprises, même si cela amène un peu d’oxygène, ne pourront pas maintenir à moyen terme les médias écrits régionaux. Il ne s’agit pas d’être pessimiste mais bien de trouver des solutions durables.

Que faire? La réponse n’est pas simple et est multiple. Cela prend de l’argent neuf. Pourrait-on penser à un REER, offert que ce soit par un fonds de travailleurs (Fondaction ou Fonds de solidarité) ou encore par Desjardins, qui serait investi dans le développement des médias d’information. Cela demanderait que le gouvernement garantisse une partie de ces investissements. Cela donnerait une possibilité aux citoyens et citoyennes d’investir indirectement dans leurs médias d’information.

Une autre partie de la réponse pourrait passer par un engagement donné par les pouvoirs publics sur un montant d’argent déterminé, pour une période de trois à cinq ans, en achat de publicité. Par exemple, les municipalités de la région pourraient déterminer un montant X qui serait assuré en publicité pour les trois années à venir au Nouvelliste. Logiquement, Trois-Rivières et Shawinigan pourraient prendre le leadership d’une telle proposition.

Il en va de même pour le gouvernement provincial. Dans le cas du gouvernement provincial, se serait d’autant plus facile si c’était accompagné d’une volonté réelle de récupérer la taxe de vente auprès des géants américains (Google, Netflix, Apple, Facebook, etc.) qui ne paient rien contrairement à toutes les entreprises installées au Québec. La formule «achat de services» me semble plus porteuse, si elle est bien balisée, que seulement des subventions.

Une option intéressante pourrait être que Le Nouvelliste devienne encore plus NOTRE quotidien régional. L’idée a déjà été évoquée: pourquoi ne pas transférer la propriété du Nouvelliste en propriété collective? Des citoyens américains ont ainsi pu se payer une équipe de football professionnel championne dont ils sont les propriétaires (les Packers de Green Bay sont en effet la propriété des 364 122 membres regroupés en coopérative).

Plus près de chez nous, des centaines d’entreprises collectives de toutes tailles sont en opération au Québec. Une combinaison de différents types de coopératives pourrait permettre que les nouveaux propriétaires du Nouvelliste soient ses travailleurs et les abonnés. Pourquoi pas? Cela vaut sûrement la peine d’y penser. Je ne crois pas qu’un «repreneur» (Québecor ou Métro Média) pourra faire mieux que le Groupe Capitales médias, qui opère actuellement les six journaux en difficulté dont Le Nouvelliste, sans couper de façon significative dans la qualité de l’information régionale.

Il est maintenant temps de passer des déclarations d’amour à la rédaction du contrat de mariage.

Jean-François Aubin

Trois-Rivières