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La mort de Seif Sharif Hamad, premier vice-président de Zanzibar, des suites de la COVID-19 amorcera-t-elle la fin du déni en Tanzanie?
La mort de Seif Sharif Hamad, premier vice-président de Zanzibar, des suites de la COVID-19 amorcera-t-elle la fin du déni en Tanzanie?

Tanzanie: la stratégie du déni face à la COVID

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COLLABORATION SPÉCIALE / Depuis mai 2020, la Tanzanie n’a pas enregistré, officiellement, un seul cas de COVID-19. Même la Nouvelle-Zélande, pays insulaire qui a mis en place des normes très strictes pour lutter contre la pandémie, ne peut pas en dire autant. Pourtant, la Tanzanie, ce pays d’environ 56 millions d’habitants situé sur la côte est de l’Afrique, dont près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, ne s’est pas embarrassée de quelconque mesure sanitaire: les restaurants, les bars et les salles de concert sont restés ouverts, et l’usage de masques est peu répandu.

Malgré ce déni affiché, les hôpitaux tanzaniens semblent bel et bien saturés. La situation est tellement préoccupante que la semaine dernière, Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), a exhorté pour la deuxième fois le président tanzanien John Magufuli à prendre des mesures pour protéger sa population, mais également à partager ses données sur l’évolution de la pandémie dans le pays.

En juin dernier, le président tanzanien, réélu en octobre 2020 à la suite d’élections dont le résultat avait été contesté par l’opposition et certains observateurs, avait affirmé que les prières avaient chassé la COVID-19 du pays. Depuis, John Magufuli, dont le parti est au pouvoir depuis 1961, soit depuis l’indépendance du pays – un record de longévité pour un parti en Afrique - a muselé toute parole contredisant le discours officiel. Ainsi, en Tanzanie, on ne meurt pas de la COVID, mais de «pneumonie aiguë». Même si quelques voix parviennent à s’élever, comme celle des dirigeants de l’Église catholique ou l’ordre des avocats, dire le contraire peut être dangereux.

Reporters sans Frontières note d’ailleurs que le pays a connu depuis 2015, et la première élection de Magufuli, la plus forte dégradation en matière de liberté de la presse parmi les 180 pays classés par l’organisation. La Tanzanie a ainsi connu une dérive autoritaire: arrestations de responsables de l’opposition, fermetures de journaux ou menaces de mort de certains journalistes. Plusieurs lois liberticides ont en outre été adoptées ces dernières années, comme l’instauration d’une cotisation exorbitante pour les blogueurs, une loi anti-criminalité qui permet de mettre derrière les barreaux toute voix dissidente ou encore l’obligation pour les journalistes de s’enregistrer.

Les récents décès des suites de la COVID-19 de deux personnalités politiques, le premier vice-président de l’archipel semi-autonome de Zanzibar Seif Sharif Hamad, et le chef de la fonction publique John Kijazi, semblent néanmoins faire changer doucement d’épaule le fusil de Magufuli. Même s’il a écarté toute éventualité de confinement, il a appelé la population à porter un masque – mais uniquement des masques fabriqués en Tanzanie, puisque les masques importés pourraient, selon ses dires, être dangereux, car potentiellement porteurs du virus.

Le gouvernement tanzanien jugeant les vaccins inefficaces, voire nocifs, le 1er février dernier, Dorothy Gwajima, la ministre de la Santé, a déclaré qu’aucun vaccin ne serait commandé. Le pays a en outre, jusqu’ici, refusé de rejoindre l’initiative COVAX, qui a pour but de faciliter, particulièrement dans les pays les plus pauvres, un accès équitable à la vaccination contre la COVID-19.

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Alice Grinand

Comité de solidarité/Trois-Rivières