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Les deux dirigeants étatsunien et iranien, Joe Biden et Hassan Rohani, devront faire preuve d’ouverture, de diplomatie et de détermination pour venir à bout des divergences issues des années de confrontation initiées par l’ex-président Trump.
Les deux dirigeants étatsunien et iranien, Joe Biden et Hassan Rohani, devront faire preuve d’ouverture, de diplomatie et de détermination pour venir à bout des divergences issues des années de confrontation initiées par l’ex-président Trump.

Se rapprocher de l’Iran

Daniel Landry
Comité de solidarité/Trois-Rivières
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Les troubles des États-Unis au Proche et Moyen-Orient ne datent pas d’hier. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à penser aux bourbiers dans lesquels les Américains se sont aventurés en Afghanistan, à partir de 2001, ou en Irak dès 2003. Dans ces deux cas, les résultats sont plus que questionnables. Quiconque croit encore que les opérations militaires étatsuniennes apportent «liberté et démocratie» pourrait se convaincre du contraire en constatant que l’Irak a été un foyer pour l’État islamique entre 2014 et 2017 et que les talibans reprennent petit à petit leur influence en Afghanistan.

Dans le cas de l’Iran, la situation est encore plus sensible, et ce, depuis les premiers moments de la République islamique (1979). La crise des otages de l’ambassade des États-Unis à Téhéran (1979-1981) est d’ailleurs encore perçue comme un traumatisme pour les Américains et pour les démocrates. Traumatisme qui a probablement pesé lourd dans la défaite du président Carter. C’est pourquoi, trois décennies plus tard, la signature d’un accord sur le programme nucléaire iranien par l’administration Obama s’est avérée un moment historique (2015), un exemple de réussite diplomatique entre deux rivaux. L’objectif d’un tel accord était bien sûr de réduire les tensions au Moyen-Orient et de rétablir les communications brisées. Mais il s’agissait surtout d’atténuer les risques nucléaires pour le partenaire indéfectible des Américains qu’est Israël. Pour Obama, c’était sans contredit un héritage important de sa présidence en politique étrangère.

Hassan Rohani

Bien évidemment, sous Donald Trump (2017-2021), les priorités ont clairement changé et l’accord sur le nucléaire s’est plutôt transformé en prétexte d’affrontements. L’administration Trump a saboté les efforts diplomatiques de ses prédécesseurs et exacerbé les risques de conflits. Après s’être retiré de l’accord sur le nucléaire (que l’Iran respectait jusqu’alors) et avoir imposé de nouvelles sanctions (2018), les États-Unis ont fait assassiner le général iranien Qassem Soleimani au début de l’année 2020. Rien pour apaiser les tensions. D’ailleurs, depuis, l’Iran a repris son programme d’enrichissement de l’uranium.

C’est donc dans ce contexte belliqueux que Joe Biden arrive maintenant à la Maison-Blanche. À l’instar de nombreux autres dossiers, il souhaite rompre avec le trumpisme, en réintégrant possiblement l’accord sur le nucléaire. Biden a d’ailleurs nommé comme émissaire aux questions iraniennes un spécialiste en résolutions de conflits et expert sur l’Iran, Robert Malley. La tâche de ce dernier ne risque cependant pas d’être simple. Déjà, les «faucons» de la politique étrangère américaine l’accusent d’être trop pro-iranien et de nuire ainsi aux intérêts israéliens dans la région. Qui plus est, la relation de confiance avec l’Iran a été drôlement affectée sous le règne Trump et, selon la perspective du géant perse, il est difficile de concevoir pourquoi l’engagement du président Biden ne pourrait être renié quatre ans plus tard par un successeur. La question mérite d’être posée. Enfin, d’autres acteurs de premier plan tels que la Russie ou la Chine pourraient souhaiter qu’un tel rapprochement avorte, de manière à restreindre l’influence et le pouvoir des États-Unis dans la région.

En somme, la population iranienne souffre depuis des années des sanctions économiques imposées par les États-Unis et le pays vit actuellement une crise économique importante, en raison de la pandémie, mais surtout de la baisse du prix du pétrole. Certes, les différends entre les deux pays sont nombreux et difficiles à résoudre à court terme, qu’il s’agisse de l’appui au Hezbollah, du soutien au régime d’al-Assad en Syrie, ou encore de l’appui des Houthis du Yémen. Néanmoins, les deux pays tireraient profit d’un rapprochement, tant sur le plan géopolitique qu’économique. En somme, ce dossier est prioritaire et le nouveau président Biden est placé dans une position complexe où il doit impérativement démontrer la force de la diplomatie. La sécurité de la région en dépend.

Pour en savoir plus: www.cs3r.org