Pas moins de 815 millions de personnes sont sous-alimentées dans le monde, un chiffre en augmentation depuis l'an dernier.

Le monde vu d'ici: Pourquoi la faim regagne du terrain?

Alors qu'elle baissait année après année depuis plus d'une décennie, la faim est repartie en hausse cette année. Pourquoi?
Plus tôt cette année, la faim faisait déjà parler d'elle par la famine qui heurte de plein fouet le Soudan du Sud particulièrement. Une alerte est également en vigueur pour le nord-est du Nigéria, la Somalie et le Yémen. C'est dans ce contexte que trois agences onusiennes, l'Organisation des Nations unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO), le Fonds international des Nations unies pour le développement agricole (FIDA) et le Programme alimentaire mondial (PAM) viennent de publier leur rapport annuel sur la faim début septembre.
Les chiffres sont éloquents: après une décennie d'amélioration année après année, la faim a rebondi cette année. Aujourd'hui, ce sont pas moins de 815 millions de personnes, soit 11 % de la population mondiale, qui souffrent de sous-alimentation. En 2015, elles étaient 777 millions.
Comment expliquer ce regain, alors que la communauté internationale s'est fixé comme objectif d'enrayer la faim d'ici 2030? L'éradication de la faim et de la malnutrition est en effet le deuxième objectif de développement durable (ODD 2) défini par le Programme de développement durable à l'horizon 2030 (Programme 2030). Quelles sont les causes qui voient l'atteinte de cet objectif s'éloigner?
Les ralentissements économiques que connaissent certains pays impactent également la sécurité alimentaire: ils réduisent les capacités d'importation de ces États, réduisant l'offre alimentaire disponible, mais limitent également les capacités publiques d'action et de protection des ménages les plus vulnérables, faute de budget. Les ralentissements économiques vont souvent de pair avec un accroissement du chômage, qui amoindrit le revenu des ménages, et donc leur capacité à subvenir à leurs besoins les plus élémentaires.
Ces populations, qui consacrent parfois plus de 50 % de leurs revenus dans l'alimentation, sont particulièrement vulnérables face à la fluctuation des prix alimentaires. La hausse de ces prix, qui peut être liée à des facteurs économiques, est également dépendante des récoltes.
Ces dernières sont soumises aux aléas météorologiques. Des conditions climatiques défavorables, comme les sécheresses ou les inondations, influencent la disponibilité et les prix des denrées alimentaires. 
Cette hausse est également un facteur de troubles sociaux, parfois à l'origine de conflits, tout comme peuvent l'être les phénomènes météorologiques extrêmes.
Sur les 815 millions de personnes sous-alimentées, 489 millions vivent dans des pays touchés par un conflit. Car si la faim est repartie à la hausse cette année, le nombre de conflits violents augmente lui aussi depuis 2010, et, en plus de se complexifier - rendant les résolutions encore plus difficiles, -  ils n'ont jamais été aussi nombreux. Pour l'année 2016 seulement, plus de 63 millions de personnes sont tombées dans une situation grave d'insécurité alimentaire dans 13 pays touchés par un ou plusieurs conflits violents.
On estimerait à 40 % les guerres dont les causes sont liées aux ressources naturelles, comme l'eau ou les terres par exemple. Avec l'amplification des changements climatiques, on peut imaginer sans peine que le nombre de conflits liés aux ressources naturelles va aller en s'accroissant.  Or, si les guerres peuvent favoriser l'insécurité alimentaire, cette dernière peut aussi être un facteur inhérent à la violence et à l'instabilité, enfermant la faim dans un engrenage mortel.
Pour en savoir plus: www.cs3r.org.