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Des émeutes se sont déclenchées au Sénégal au mois de mars. Soupçonnant un complot orchestré par le président sénégalais Macky Sall, pour museler son opposant principal, une partie de la population a pris la rue, dénonçant l’autoritarisme grandissant du président.
Des émeutes se sont déclenchées au Sénégal au mois de mars. Soupçonnant un complot orchestré par le président sénégalais Macky Sall, pour museler son opposant principal, une partie de la population a pris la rue, dénonçant l’autoritarisme grandissant du président.

Le monde vu d'ici: mouvement de contestation au Sénégal

Alice Grinand
Comité de solidarité/Trois-Rivières
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L’îlot de stabilité politique en Afrique de l’Ouest incarné par le Sénégal traverse une tempête depuis quelques semaines. C’est l’arrestation de Ousmane Sonko, l’un des principaux opposants au président sénégalais Macky Sall, qui a mis le feu aux poudres.

Accusé de viol par Adji Sarr, une employée d’un salon de massage fréquenté par l’homme politique, Sonko a été arrêté le 3 mars puis libéré le 8 mars, mais sous contrôle judiciaire, déclenchant les pires émeutes que le pays ait connues depuis longtemps. Les soutiens à Ousmane Sonko dénoncent un complot. Mais de la véracité des faits reprochés à Ousmane Sonko, il n’en était pas question dans les rues du Sénégal. D’une crise politique, la mobilisation, portée essentiellement par la jeunesse, s’est rapidement muée en crise sociale. La parole de la plaignante, elle, reste jusqu’ici peu entendue.

Comme partout dans le monde, la pandémie et la rigueur des restrictions sanitaires ont exacerbé les inégalités en mettant à mal l’économie sénégalaise, constituée majoritairement d’emplois informels. Ces emplois, précaires et temporaires, n’offrent aucune sécurité sociale et les restrictions sanitaires menacent directement la subsistance d’une part importante de la population. En outre, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 850 000 personnes auront besoin d’une aide alimentaire entre juin et août 2021, à cause de conditions météorologiques défavorables aux récoltes. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a constaté une hausse des départs de l’Afrique de l’Ouest vers les Îles Canaries (Espagne). En 2020, au moins 414 personnes ont péri lors de ce voyage, tandis que l’OIM en enregistrait 210 en 2019.

Dans ce contexte, les scènes de «pillages» dans des supermarchés Auchan, un géant français de la grande distribution implanté au Sénégal, peuvent ainsi s’expliquer par une population, appauvrie face à une crise économique sans précédent.

Néanmoins, la colère ne semble pas se résumer à des estomacs creux. Aux côtés de Auchan, ce sont également des stations de la pétrolière Total qui ont été visées par les manifestants. Il faut également regarder ce qu’incarne Ousmane Sonko, qui milite notamment pour une meilleure gouvernance et une plus grande souveraineté économique. Cet ancien inspecteur des impôts s’est en effet vu radié de la fonction publique à la suite de la publication de son ouvrage, critique de la gestion des ressources pétrolières et gazières sénégalaises et notamment du rôle de la France. Macky Sall entretient en effet des liens étroits avec Paris et avec les nombreuses entreprises présentes au Sénégal.

Ousmane Sonko représente également, potentiellement, une menace pour le président sénégalais. Pour les partisans de l’opposant, il s’agit en effet d’une instrumentalisation de la justice par Macky Sall, afin de museler son opposant. Des rumeurs prêtent à Macky Sall des ambitions pour les prochaines élections présidentielles, en 2024, bien que la Constitution sénégalaise limite à deux le nombre de mandats. En écartant Sonko, il se débarrasserait ainsi de son principal opposant. Il n’en serait pas à son coup d’essai, puisque deux opposants importants, Karim Wade, du Parti démocratique sénégalais et Khalifa Sall, du Parti socialiste, ont subi des condamnations judiciaires, permettant ainsi au Conseil constitutionnel sénégalais de les exclure de la dernière élection présidentielle, en 2019.

Le calme semble désormais revenu. Des ONG comme Amnesty International ou Human Rights Watch dénoncent la violence de la répression: suspension de chaînes de télévision, coupures d’Internet, au moins huit personnes tuées selon Amnesty International, des hommes en tenue civile armés, des tirs à balles réelles... Selon Streetpress, la plupart des armes utilisées par les forces de l’ordre sénégalaises seraient françaises.

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