Le manque de médecins de famille

Lettre à Pauline Marois, première ministre du Québec.
Ce 29 octobre, mon grand amour est décédé subitement d'un infarctus cérébral, provoqué il semble, par une hémorragie dans la région de l'estomac. Une autopsie révélera la cause réelle. Cependant, à la lumière de ce qui suit, vous serez à même de constater autant que moi que la cause principale serait une maladie grave et dangereuse, puisqu'on en meurt, qui court au Québec de ce temps-là: le manque de médecins de famille. En avoir un ne garantit pas de meilleurs soins, mais ne pas en avoir est bien pire.
Le 28 octobre, malgré mes massages cardiaques dans les premières secondes, les efforts des ambulanciers, ceux des cinq personnes pour la réanimation à l'urgence et des quelques dix autres aux soins intensifs, incluant les médecins sur place et au téléphone, et malgré les dix-sept transfusions sanguines, 24 heures après, Gilles mon bien-aimé est décédé.
Si, le 21 août, à la clinique sans rendez-vous, un seul médecin s'était donné la peine de lui demander de lever son gilet pour voir que son estomac était enflé et dur comme du roc, il aurait pu constater que quelque chose n'allait vraiment pas. Aujourd'hui, nous savons qu'il aurait pu être sauvé. Il est trop tard. C'est enrageant.
Gilles était un «client» orphelin. Certains médecins n'ont pas beaucoup de temps à perdre avec ces malades. Il avait 68 ans, le coeur fort, et il était en pleine santé sauf «un petit quelque chose à l'estomac», lui a dit le docteur du sans rendez-vous, le 23 septembre, à la suite d'une radiographie. Toujours sans jeter un simple coup d'oeil sous le gilet: «Je contacte un gastroentérologue, il ira voir de plus près ce que vous avez. Attendez son appel». J'attends toujours son téléphone. De pied ferme.
À cette clinique, quelqu'un attend depuis six mois l'appel de ce spécialiste. Une amie avait suggéré qu'on s'adresse à une clinique privée pour un service plus rapide. Avoir su la gravité de la situation, c'est ce qu'on aurait fait. Depuis deux ans, je suis membre d'une clinique santé. J'attends toujours un rendez-vous avec un médecin de famille. Par contre, pour payer l'impôt santé, personne n'attend.
Madame Marois, quand une gestion de l'État fait en sorte que tant de gens mal soignés en meurent, c'est irresponsable de vous entendre, le 10 octobre, affirmer que: «L'économie du Québec va très bien et que le système de santé s'améliore». S'il n'y avait pas tant de gaspillage dans les centres de santé, le budget permettrait de soigner les gens convenablement.
Savez-vous que dans des centres de santé, à l'heure présente, certaines personnes âgées non autonomes meurent de déshydratation et de sous-alimentation? À cause de vos coupes de budget, les préposés n'ont que 15 minutes pour faire boire et manger les bénéficiaires. Si c'est pas terminé, ces derniers passent leur tour. Abandonnés par leur famille et le système «amélioré», certains en meurent. Un dérivé de l'euthanasie. Vous n'irez pas voir puisque même les gestionnaires des départements n'y vont plus.
Personne parmi ceux qui décident ne sait ce qui s'y passe. Trop occupés à calculer pour justifier leurs dépenses et leur raison d'être (Christine St-Onge, Opinion, 19 novembre). Enfantin de mettre la faute sur le gouvernement précédent! Nous savons que le gros des dollars en santé vous l'avez mis sur l'administration. Cessez de faire le ménage dans nos poches et dépensez nos dollars pour vous faire des amis. Ce voile sur vos yeux est plus dangereux que celui des musulmanes.
D'un Noël à l'autre dans le système de santé, il y a de plus en plus de malheureux. En terme médical, on appelle cela régresser. Une volonté politique et une saine gestion de nos taxes et impôts nous donneraient accès à un médecin de famille. Comme avant.
Monique Isabelle
Secteur Grand-Mère