Le grand froid et le budget

Les températures froides des deux dernières semaines et les festivités du Nouvel An ont presque fait oublier qu’un budget municipal a été adopté quelques heures avant le réveillon du jour de l’An à Trois-Rivières. Et on peut dire que s’il y a eu des grands froids à l’extérieur, il s’en est créé tout un à l’intérieur de l’hôtel de ville.

On n’a pas vu ça souvent, dans la récente histoire municipale de la région, un maire qui vote non seulement contre le budget mais aussi contre le programme triennal d’immobilisations de sa Ville. C’est ce qu’a fait Yves Lévesque, en prenant soin de faire ce qu’il n’a fait que très rarement par le passé: utiliser son droit de vote.

À la rigueur, il aurait certainement été plus prudent de s’en remettre à sa tradition aussi personnelle qu’étrange de ne pas voter sur les règlements ou les résolutions du conseil.

Pourquoi? Parce qu’en votant contre le programme triennal d’immobilisations, le maire peut laisser des impressions qui ne reflètent pas sa pensée. On le sait, le gros morceau du PTI c’est évidemment le nouveau Colisée, un projet que le maire défend bec et ongles. Avec les votes du 31 décembre, bien des citoyens pourront penser que le maire vote contre ce projet.

Que le maire et certains conseillers jugent irresponsables les amendements apportés par une majorité de membres du conseil, demeure leur droit le plus strict. Mais ces amendements font-ils vraiment en sorte que le budget lui-même et le PTI deviennent inacceptables? Il y a lieu d’en douter. 

Il était plus naturel que la dissension s’exprime dans le cadre du premier vote sur le budget. Mais une fois que le travail de remaniement budgétaire a été fait, selon la volonté exprimée par la majorité, l’opposition à ces deux documents ne devait pas être automatique. Certains conseillers auraient dû y penser.

Étonnamment, le règlement de taxation – qui prévoit un gel de taxes – a été, lui, adopté à l’unanimité. Normalement, s’il y avait autant d’inquiétude de «devoir emprunter pour payer l’épicerie», pour reprendre une formule chère au maire, c’est dans l’adoption du règlement de taxation qu’elle aurait dû se traduire. Davantage que dans le budget ou le programme d’immobilisations. 

D’ailleurs, c’est un peu tordu de toujours prétendre que la Ville doive emprunter pour payer l’épicerie. La Ville dégage des surplus astronomiques depuis dix ans et il serait étonnant qu’elle soit soudainement dans le rouge parce qu’elle renonce à aller chercher 1,8 million $ de taxes. Une administration municipale dispose de plusieurs moyens pour absorber ce montant supplémentaire et faire les ajustements en conséquence. 

Le message le plus clair qu’envoie le conseil avec l’adoption d’un budget amendé, c’est qu’il est possible, avec un peu de volonté politique, de changer les façons de faire. Dans ce cas-ci, on s’est spécifiquement attaqué à un autre rituel du maire, celui d’augmenter les taxes année après année, sans trop se poser de questions et en justifiant un tel geste par le fait que le coût de la vie augmente.

Cette fois, c’est la population qui a droit à un répit. Normalement, cela aurait dû plaire à certains conseillers qui le réclamaient depuis longtemps. La conseillère du district des Carrefours, Valérie Renaud-Martin, particulièrement, a souvent écrit dans ces pages, avant de se lancer en politique, pour plaider en faveur d’une diminution de la pression financière sur «les jeunes familles et les travailleurs moyens».

Sa position dans les votes sur le budget, tout comme celle de sa collègue du district de la Madeleine, Sabrina Roy, en aura surpris plus d’un. Au point de pouvoir dire sans trop se tromper que ces deux votes auront aussi créé un autre grand froid à l’hôtel de ville.

Vivement que le réchauffement se produise là aussi. Parce que sinon, les quatre prochaines années seront longues. Très longues.