Jeannine et Francois Guay

Le gentil boulanger n'est plus

C'est avec grande tristesse que j'ai appris par Le Nouvelliste du samedi 22 juillet, le décès de François Guay, boulanger de Pointe-du-Lac.
Nous nous sommes connus alors que nous avions possiblement entre neuf et onze ans. Mes parents avaient une maison d'été à Pointe-du-Lac. François et son père passaient une fois par semaine pour nous offrir pains, brioches, fèves au lard, etc. 
À l'époque, les commerçants transportaient leurs produits dans des camionnettes pourvues de tablettes pour l'étalage, ouvraient des panneaux et on choisissait ce qu'il nous fallait. Ils faisaient connaître leurs présence en klaxonnant deux fois et on sortait de la maison. 
Ainsi agissaient le boucher, les vendeurs de fruits et légumes et peut-être le laitier, la mémoire me faisant défaut.
François aidait son père et venait porter sur le comptoir de la cuisine tous nos achats, toujours avec le sourire. Nous avions parfois des visiteurs et manquions de victuailles, j'enfourchais ma bicyclette et me rendais à la boulangerie du village. François était toujours présent.
Les années passèrent et nous nous sommes mariés chacun de notre côté. La belle, gentille et vaillante Jeannine entra dans sa vie, quel beau couple! Elle participa activement au développement de la boulangerie. 
Lorsque nous allions avec enfants et petits-enfants à Pointe-du-Lac, ils sortaient de derrière leur comptoir et venaient nous embrasser. Ils tenaient un livre d'or et seulement les gens de l'extérieur du Québec avaient l'honneur de signer leurs noms. Ainsi, notre gendre eut cet honneur.
Dans les années soixante, M. Léo Guay faisait la livraison de fèves au lard dans quelques épiceries de Trois-Rivières. Alors que j'étais jeune mariée et que je demeurais dans un logement, il bifurquait de sa route pour venir chercher mon pot de grès qu'il me rapportait la semaine suivante bien rempli de fèves au lard. Lorsque mon mari et moi sommes devenus propriétaires, il a continué à nous faire bénéficier de ce privilège. C'était un secret bien gardé.
Devenu plus âgé, il cessa cette activité et François insistait pour qu'on aille le visiter dans sa demeure à côté de la boulangerie. Il était toujours content.
François et Jeannine étaient des gens accueillants et chaleureux. Surtout, ils étaient sincères et non superficiels. J'ai parfois la nostalgie de ces années passées en comparant avec le côté impersonnel de ce qu'on peut vivre aujourd'hui dans certains commerces où chaque personne est un numéro seulement... Et on dit que c'est l'évolution...
Il faut que tout aille vite, le temps c'est de l'argent! Comme disent les Américains: «Money comes first!».
Toutes mes condoléances à son épouse, Jeannine, et à sa famille. François nous manquera à tous, même si nos rencontres étaient devenues occasionnelles. Les souvenirs demeurent.
Jocelyne Bruneau
Trois-Rivières