Des retraités du Groupe Capitales Médias (GCM) avaient manifesté devant les bureaux de Power Corporation en décembre dernier.
Des retraités du Groupe Capitales Médias (GCM) avaient manifesté devant les bureaux de Power Corporation en décembre dernier.

Le droit de vieillir en paix

OPINION / Je suis une retraitée du journal Le Nouvelliste, faisant partie du Groupe Capitales médias qui a déclaré faillite au mois d’août dernier.

Nous sommes, on le sait, presque 1000 personnes touchées par des coupures de l’ordre de 27 % à 30 % sur notre rente de retraite, et ce, depuis février. C’est une situation difficile pour tous les travailleurs retraités mais j’ajouterai que ce l’est particulièrement pour les femmes.

Je rappelle que nous avons été de cette génération qui avons travaillé longtemps à des salaires et dans des catégories d’emploi moindres que celles des hommes, nous avons vécu l’époque des congés de maternité non rémunérés par l’État donc à nos frais.

Nous n’avions pas de garderies subventionnées et en mon temps, une place en CPE coûtait 100 $ par semaine.

Plusieurs d’entre nous avons vécu en situation monoparentale et aujourd’hui, comme l’espérance de vie des femmes dépasse celle des hommes, d’autres vieilliront seules avec les conséquences économiques que cela comporte.

Ce fonds de pension, c’était mes économies pour une certaine sécurité financière et j’y ai contribué toutes les semaines durant 37 ans et il en est ainsi pour l’ensemble de mes collègues.

Comme travailleuse, j’ai cotisé à l’assurance emploi sans jamais en retirer un sou, j’ai contribué sur mes payes pour que les jeunes d’aujourd’hui bénéficient de congés parentaux. Et j’ajouterai que je paye toujours des impôts pour un système de santé et que je n’ai même pas de médecin.

Pour toutes ces raisons et d’autres encore, je me sens bien légitimée d’exiger que le gouvernement québécois me considère et reconnaisse que j’ai largement contribué à la société sans trop lui demander en retour.

Aujourd’hui, j’ai le droit de vieillir en paix, dignement et de recevoir, de la part des Fitzgibbon, Girard, Blais et Legault, l’attention que je mérite. Je veux que mon gouvernement travaille sur une loi de protection comme en Ontario, que les Desmarais de ce monde y contribuent et que l’on me dise pas que cela va les appauvrir... Je veux que la Loi sur les faillites place les retraités comme des créanciers prioritaires.

Et surtout, que l’on ne me méprise pas comme l’a fait le ministre Girard en disant que son gouvernement n’a pas d’appétit pour se pencher sur mon cas, je ne l’accepte pas. Je lui rappelle que le mépris n’a toujours qu’un temps et que d’ignorer les les «vieux» n’est pas gage d’avenir.

Martine Devault

Trois-Rivières