Le dos large

Celles et ceux qui suivent ça de près ont sans doute, l'autre jour, tiqué un peu d'apprendre quel était le lauréat du récent prix Radisson de l'entreprise culturelle.
C'est que la Chambre de commerce et d'industries de Trois-Rivières a couronné dans cette catégorie une firme qui propose de l'animation immersive; la transformation de soi en personnage.
C'est-à-dire qu'il s'agit d'une firme qui s'emploie à nous faire jouer de l'épée et du bouclier ou encore, comme dans un jeu vidéo, du pistolet à fléchettes inoffensives (car faites de mousse).
Tiquer? Voilà que la culture a le dos large! À ce compte-là, tout est «culture»...
En tout cas, là a été ma première réaction puis je me suis dit: «soyons large d'esprit, justement, et remisons notre chialage dans l'étroitesse d'un tiroir»...
Car peut-être la soif de culture s'immiscera-t-elle au milieu des références transmises dans ces jeux de rôle ou, très certainement, dans le choc des rencontres que, forcément, les gens y font.
Car indéniablement, les gens, de nos jours, ne se rencontrent pas assez, occupés qu'ils sont, chacun dans leur bulle, à leurs téléphones intelligents.
Que disait Albert Jacquard à ce sujet? «La vraie consommation n'est pas celle des biens mais des rencontres. Il faut montrer aux enfants à se rencontrer».
Et que nécessite la rencontre? Le langage!
Il doit bien falloir parler aux autres, s'exprimer au sein de ces expérimentations de l'irréel, du fictif! C'est-à-dire d'user de mots et de phrases; se servir de sa langue et, en conséquence, parvenir à maîtriser celle-ci avec grâce. Comme on devrait s'en attendre de toute personne. Pour ainsi s'assurer, en toutes circonstances, d'être relativement compris.
Car le langage est culture. La première des cultures.
Réjean Martin
Trois-Rivières