Le dialogue de sourds

Le titre est un euphémisme. En fait, on ne peut même pas dire qu’il y a eu de véritable dialogue entre le Regroupement des microbrasseries de la Mauricie et les représentants du Trou du diable ou de Molson-Coors concernant la Route des brasseurs de la Mauricie. C’est un dossier qui pue la mauvaise volonté, peut-être de part et d’autre, et qui a un arrière-goût d’amertume liée à la fameuse transaction par laquelle le fleuron brassicole de Shawinigan est passé aux mains du géant qui prend de la place et qui établit des monopoles de distribution là où il le souhaite.

Les tentatives d’établir un canal de communication efficace depuis le lancement de la Route des brasseurs de la Mauricie ont été vaines. Le cœur n’y était visiblement pas.

Il y a encore trop d’émotion dans ce débat et dans ce conflit de perception. Il y a sans doute, aussi, des conflits de personnalités. Il y a, évidemment, une divergence de vision sur le caractère indépendant et artisanal des microbrasseries.

Qui plus est, un des établissements membres du Regroupement des microbrasseries de la Mauricie, Le Temps d’une pinte, avait lancé à la dernière minute un événement brassicole – le microfestival de la bière indépendante – la même journée que se tenait, à Shawinigan, la Soirée des brasseurs. Rien pour apaiser les hostilités.

Mercredi après-midi, le Regroupement des microbrasseries de la Mauricie a indiqué qu’un rapprochement avec la multinationale Molson Coors – propriétaire des installations et de la marque du Trou du diable depuis l’automne dernier – n’est pas envisageable dans un avenir rapproché. La cause de ce cul-de-sac: on n’a même pas réussi à s’entendre sur la forme que devrait prendre une rencontre entre les deux parties, sur la liste des personnes qui devraient y prendre part, et sur les sujets qui devraient y être abordés.

Le résultat de cet épisode de boudage bien senti: Shawinigan se retrouve absente de la Route des brasseurs de la Mauricie. Un détour, rappelons-le, qui est parfaitement inacceptable.

Inacceptable lorsqu’on considère l’aspect touristique de la vocation qu’on voulait donner à cette initiative. Compréhensible – mais par pour autant souhaitable – lorsqu’on considère la divergence de vision entre les parties.

Il existe, ailleurs au pays, des exemples de cohabitation pacifique de microbrasseries et de géants brassicoles à des fins touristiques. Dans la région située au sud de la baie Georgienne, en Ontario, on propose aux touristes et aux amateurs de bière des tours axés sur les bières du coin. Ces circuits incluent à la fois des microbrasseries artisanales comme celle de Collingwood ou de Wasaga Beach, mais aussi les installations de la brasserie Creemore Springs, rachetée par Molson-Coors et faisant partie de la même division – Six Pints – que les bières du Trou du Diable.

Si on s’arrête aux considérations strictement touristiques, qui incluent la volonté de doter la région d’une image de marque en matière brassicole, la prétention du maire de Shawinigan selon laquelle il faudrait retirer le financement octroyé dans le cadre du Fonds d’appui au rayonnement des régions et de l’Entente de partenariat régional en tourisme, devient ici justifiée. Triste, mais justifiée.

Même si la tentative de rapprochement s’est soldée par un échec, les appels à la discussion demeurent insistants, tant de la part du président de la Table des préfets de la Mauricie que de la ministre du Tourisme. La ministre Julie Boulet a d’ailleurs raison de dire qu’une route brassicole en Mauricie ne peut pas se faire sans avoir tous les joueurs.

Est-il nécessaire de rappeler qu’une route des brasseurs ne signifie pas exclusivement une route des microbrasseries ? Ni exclusivement une route des brasseries artisanales. Ni exclusivement une route des coopératives brassicoles. C’est plutôt inclusif comme concept.

Force est de constater qu’il y a un mur idéologique entre les parties. Mais que si on s’arrêtait à la vocation première d’un circuit brassicole, on pourrait y créer une brèche prometteuse.