Le crucifix de l'hôpital Saint-Sacrement à Québec

Le crucifix s'accroche

Dans notre société sécularisée de façon irréversible, les signes religieux, dont le crucifix, quittent les places publiques. Mais, dans certaines d'entre elles, le crucifix s'accroche, comme à l'hôpital Saint-Sacrement à Québec, de même qu'à l'Assemblée nationale.
Le crucifix résiste à sa disparition au titre de valeur patrimoniale. Car l'histoire du Canada écrite par des Blancs a commencé avec l'érection d'une croix dès que Jacques Cartier est débarqué sur le continent. Depuis ses origines jusqu'au milieu du 20e siècle, notre histoire est inséparable de la croix: enlever le crucifix de tout lieu public serait faire une croix sur notre histoire.
Mais est-ce que le crucifix n'aurait pas, outre une valeur patrimoniale, une valeur théologale: l'espérance? L'espérance que justice sera faite aux personnes dont la dignité est crucifiée. Plus que jamais cette espérance, il nous la faut. Car nous désespérons des partis politiques. Nous désespérons de l'intégrité de la police, des suites de la Commission Charbonneau. 
Inconsciemment, nous nous disons que, si nous lâchons «la petite Espérance» dont parle Charles Péguy, nous aurons tout perdu. Car il ne nous reste qu'elle pour ne pas céder à la tentation qui a envahi un jour un battant comme Bernanos: «Le démon de mon coeur s'appelle à quoi bon.» 
C'est maintenant plus que jamais, au Québec et même en Occident, le temps de l'espérance, car «il est trop tard, dit avec sagesse Yann Arthus-Bertrand, pour être pessimiste».
Les deux valeurs qu'a le crucifix, la valeur patrimoniale et la valeur théologale, vont de pair. La valeur patrimoniale nous plonge dans nos origines, nos racines. Or, «la racine n'est qu'espérance» (Marie Noël). 
Quand l'espérance jaillit, la joie jaillit, la joie d'un certain jour de Pâques.
Gérard Marier, prêtre
Victoriaville