La harpiste Valérie Milot se porte à la défense du Conservatoire.

Le Conservatoire: pilier de notre identité culturelle

Je souhaite défendre une institution que j'ai à coeur: le Conservatoire.
Le ministère de la Culture et des Communications tient présentement une consultation générale afin de redéfinir la mission des Conservatoires. Dans de tels mots, l'idée semble légitime. Toutefois, c'est en s'attardant sur la réelle intention de cette consultation que le constat est effrayant.
Ce qui pourrait arriver, c'est que les élèves de niveau supérieur (collégial et universitaire) soient obligés de transiter vers les grands centres de Montréal et de Québec, vidant ainsi les régions de leurs espoirs et sabrant dangereusement l'accès à la culture. N'est-ce pas insensé de vouloir centraliser la culture que l'on essaie de développer à la grandeur de la province? Le grand territoire du Québec se réduit-il à deux petits points au sud de son immensité?
Étant moi-même diplômée d'un Conservatoire dit «de région» (Trois-Rivières), je ne peux qu'être insultée et consternée par cette nouvelle. Devrais-je aussi ajouter que j'ai fait la migration inverse; après quatre ans au Conservatoire de Montréal, j'ai décidé de poursuivre mes études à Trois-Rivières, par attachement pour ma ville, mais aussi parce que l'enseignement y est tout à fait comparable à celui de la métropole et, dans mon cas personnel, me convenait mieux.
Le Conservatoire est la seule institution au Québec qui permet de prioriser le travail à l'instrument, ce qui est incontournable dans le milieu ultra-compétitif des arts de la scène. Entre ses cours théoriques, l'élève a à sa disposition des locaux, des instruments et, surtout, du temps pour pratiquer encore et encore.
Dans une société québécoise où l'art semble se StarAcadémiser, où l'on semble oublier la valeur d'un artiste qui offre le fruit d'un travail de recherche de longue haleine sur scène au profit d'un autre individu qui ne sait lire une partition et dont les envolées lyriques émotives et naïves soulèvent des foules, je ne suis pas surprise d'une telle remise en question. Je n'en suis pas pour le moins déçue.
Je crois que François Legault a inconsciemment mis en lumière le problème qu'ont les Québécois avec la culture en disant vouloir abolir le projet de salle de spectacle de Robert Lepage : «Moi ma bataille, c'est pour aider à avoir plus d'argent dans leurs poches» a-t-il dit, en parlant des contribuables. Plus dans nos poches, et moins dans notre tête.
Il y a plusieurs années que l'on s'éloigne de l'élan de fierté et d'espoir québécois insufflé par la Révolution tranquille. Nous laissons le gouvernement fédéral sabrer le budget de la culture sans protester (2008 ayant été une année charnière). En attaquant le réseau des Conservatoires, nous franchissons une grave étape, car il s'agit d'une double coupure: culture et éducation.
Tout est à faire encore au Québec afin de rendre la culture accessible à tous. Selon moi, les enfants en très jeune âge devraient y être exposés. S'abreuver du travail de nos artistes, c'est être libre. C'est se permettre de voir, d'apprécier ou de détester, mais aussi d'être touché. C'est se forger une vision de notre réalité et de la réalité de notre société. C'est se définir comme peuple. Couper dans la culture, c'est se censurer.
Le Conservatoire de musique de Trois-Rivières offrira un concert-bénéfice intitulé 50 ans de prouesses afin de souligner son demi-siècle d'existence le 27 avril prochain à l'église Sainte-Cécile. Au plaisir de vous y voir !
Valérie Milot
harpiste
Trois-Rivières
*Retrouvez la lettre complète sur son blogue: www.valeriemilot.com/fr/blogue