Selon les auteurs, il manque 460 millions $ pour permettre au réseau d’organismes communautaires du Québec de poursuivre sa mission.
Selon les auteurs, il manque 460 millions $ pour permettre au réseau d’organismes communautaires du Québec de poursuivre sa mission.

Le communautaire, la voie pour un Québec riche et prospère!

OPINION / Les auteurs sont Claudia Fiore-Leduc (Coalition des Tables régionales d’organismes communautaires), Tristan Ouimet-Savard (Réseau québécois de l’action communautaire autonome), Éloïse Lara Desrochers (Regroupement des organismes en défense collective des droits), Lucio Castracani (Mouvement d’éducation populaire et d’action communautaire du Québec) et Olivier Bellemare (Table nationale des Corporations de développement communautaire). Ils représentent le comité de coordination de la campagne «Engagez-vous pour le communautaire».

En attente du second budget de la CAQ, les organismes d’action communautaire autonome (ACA) sont impatients de savoir si le gouvernement optera pour une solution «plaster» ou pour une solution qui viendra réellement faire une différence pour ce réseau bien ancré dans les communautés de toutes les régions du Québec.

Mais attention! Ne vous laissez pas berner par le titre de cette lettre et n’attendez pas que nous fassions ici l’apogée de la croissance économique à tout prix. Nous en avons bel et bien soupé de ces discours vertueux qui endorment les citoyens et les citoyennes… La campagne unitaire «Engagez-vous pour le communautaire», portant la voix de milliers de travailleurs et travailleuses, bénévoles et membres des quelques 4000 organismes communautaires autonomes du Québec, a plutôt envie de parler de richesse et de prospérité réelle, celle qui existe grâce à toutes les actions quotidiennes accomplies au sein des organismes. Que l’on parle de la période d’aide aux devoirs que Monique a passée avec Karim dans un organisme de lutte au décrochage, au repas communautaire préparé et partagé par les membres d’un centre d’action bénévole, en passant par l’accompagnement de madame Côté qui tente de s’extirper des prises d’un conjoint violent, c’est cette richesse humaine qui nous permet de réellement «prospérer» et qui nous permet de tricoter maille après maille le filet social du Québec depuis plus de 50 ans.

Mais pour continuer à être aussi «prospère», pour continuer d’être aussi fiers de ce réseau d’organismes communautaires autonomes unique au monde, c’est 460 millions $ qui manquent. On n’a cessé de le répéter suite à la vague néolibérale et à ses mesures d’austérité qui ont des effets encore réels sur le terrain: les groupes sont à bout de souffle, les conditions de travail ne s’améliorent pas, les demandes explosent et les problématiques s’alourdissent. 460 millions $, c’est 0,4 % des dépenses totales du gouvernement qui servirait essentiellement à enrichir directement les communautés, à favoriser le déploiement de projets ou de volets d’activités adaptés à leur réalité et à offrir des conditions de travail décentes pour près de 58 000 personnes. À l’heure actuelle, cet enrichissement collectif, il s’effrite entre nos mains un peu plus à chaque jour. Malgré les ajouts de financement des dernières années, encore trop d’organismes réduisent leurs activités ou sont forcés de fermer leurs portes.

Le regard que nous portons sur notre richesse collective doit aller au-delà de la lunette de l’économie et du taux de productivité. Cette supposée «prospérité économique» n’offre qu’une vision voilée de la réalité et nie un large pan de la population qui survit tant bien que mal dans des situations où les besoins de base ne sont pas comblés, où les droits sont lésés, où la violence persiste. En entendant sans cesse le gouvernement nous parler de chiffres ou de croissance du PIB, on se demande il est où le projet de société? Elle est où la volonté d’agir face à la misère humaine et sur ce qu’on peut mettre en place collectivement pour réduire les inégalités sociales?

Il n’y a pas de remède miracle ni de pilule magique pour enrayer la pauvreté et réaliser la justice sociale. Mais un premier pas consiste à se sortir la tête du sable et d’admettre que la pauvreté n’est pas qu’économique, qu’elle est tout autant sociale et culturelle et que c’est justement là où les organismes d’action communautaire autonomes jouent un rôle majeur. C’est pourquoi ils méritent pleinement d’être financés à la hauteur des besoins rencontrés sur le terrain. Nous avons les moyens de faire autrement.

Le gouvernement doit s’engager pour le communautaire.