Martin Francoeur
Caroline Guay, coordonnatrice de la Démarche des premiers quartiers, prévenait en février que son organisme était au bord de la fermeture.
Caroline Guay, coordonnatrice de la Démarche des premiers quartiers, prévenait en février que son organisme était au bord de la fermeture.

Le chant du cygne de la Démarche

ÉDITORIAL / Ces jours-ci, des organismes procèdent à la distribution de 750 masques réutilisables aux personnes âgées de 55 ans et plus qui demeurent dans les premiers quartiers de Trois-Rivières. C’est une initiative de la Démarche des premiers quartiers, en collaboration avec les organismes Le Bon Citoyen, Ebyôn, les Artisans de la Paix et Tandem Mauricie. C’est une idée toute simple, mais tellement concrète. Malheureusement, ça risque d’être la dernière action de la Démarche.

Officiellement, c’est le manque de fonds qui aura eu raison de cet organisme. Mais dans les faits, c’est peut-être bien davantage le manque de volonté politique.

Dans un professionnalisme qui les honore, les responsables de la Démarche des premiers quartiers ont présenté aux médias leur campagne de distribution de masques réutilisables, plus tôt cette semaine, sans évoquer la fin prochaine des activités. On avait même choisi de mettre à l’avant-plan les organismes partenaires qui travaillent sur le terrain, auprès des gens qui sont en situation de vulnérabilité ou de pauvreté.

La Démarche des premiers quartiers s’était mise en action rapidement dans ce dossier comme dans la plupart de ceux qui lui tombent sous la main. Un financement a vite été obtenu auprès de Centraide pour mettre en branle ce projet.

C’est comme ça, la Démarche des premiers quartiers. Une petite équipe, capable de remplir toutes sortes de mandats en «se revirant sur un dix cennes», capable de rallier des partenaires qui ont des bras à fournir, capable d’aller chercher des fonds dans le temps de le dire, capable, surtout, de rendre concrètes des idées qui visent à améliorer la sécurité et le bien-être de la population et même de ses strates plus vulnérables.

Cette distribution de masques en est un exemple parfait.

Pourtant, il aurait été facile de baisser les bras après les rencontres infructueuses que l’organisme a eues avec les représentants de la Ville concernant un financement stable et récurrent. Pendant que les députés de Trois-Rivières et de Champlain faisaient des pieds et des mains pour trouver une aide d’urgence à même leurs enveloppes discrétionnaires, la Ville n’a pas été en mesure de donner suite aux demandes de la Démarche.

On parlait pourtant d’un montant d’environ 180 000 $. De la part d’une ville qui vient de dégager un surplus de 10 millions $ pour le dernier exercice financier. De la part d’une ville qui s’est dotée d’un plan d’action en développement social mais qui n’a pas l’effectif requis pour le mettre en oeuvre.

En février dernier, on aurait pu croire qu’il y avait une ouverture de la part du maire Jean Lamarche envers cet organisme alors sous respirateur artificiel. Le maire, qui a grandi dans Sainte-Cécile et qui habite le Bas-du-Cap, est bien placé pour constater les besoins sur le terrain. Il avait indiqué alors que le conseil municipal croyait beaucoup à la revitalisation des premiers quartiers.

Il y a eu du sable dans l’engrenage politique depuis ce temps, on dirait bien. Ou alors il persiste une mauvaise compréhension du rôle et de la mission de la Démarche des premiers quartiers. L’organisme a pourtant rendu de fiers services à la Ville au cours des dernières années. Le problème, c’est que les contributions municipales au financement de la Démarche étaient sous forme de projets ou de mandats qu’elle lui confiait. Fonctionner par projets et par programmes augmente la précarité de ces organismes et ne permet pas d’assurer une stabilité dans le personnel.

La Démarche était un atout considérable dans une ville comme Trois-Rivières où les premiers quartiers présentent un tissu social particulier, une situation économique défavorable, une trame urbaine différente. Il y avait là une expertise, une connaissance du réseau de partenaires. Il y avait une véritable sensibilité pour le mieux-être de la population.

C’est juste curieux et dommage de devoir en parler au passé. À moins que survienne un éclair de gros bon sens de dernière minute...