Le Bloc: Québécois contre Canadiens-français

Les États ayant en général la politique de leur géographie, les lignes de force géopolitiques dans l’est du continent sont encore fondamentalement les mêmes que celles qui prévalaient au temps de la Nouvelle-France. Or, si les gouverneurs français s’étaient désintéressés du Pays d’En-Haut et n’avaient pas investi le reste du continent de sorte que la France y soit présente pour soutenir ses intérêts, ils n’auraient pas été en mesure de nouer des alliances avec la quasi-totalité des nations indiennes et, par conséquent, maîtrisé le jeu continental entre puissances européennes aussi longtemps que ce fut historiquement le cas.

Avec le Bloc, les Québécois se sont donné un «corps expéditionnaire» en mesure de collaborer avec nos voisins nord-américains et de définir les relations entre le Québec moderne et les nations environnantes. Ceci inclut la nation canadienne qu’il faut constamment rassurer sur la continuité et l’épanouissement de son existence s’il se produit un jour un changement fondamental dans le statut politique du Québec.

À Ottawa, les fédéralistes canadiens-français représentent une minorité ethnique canadienne en voie de disparition, donc négligeable sinon méprisable, alors que les bloquistes proviennent d’une nation encore majoritaire sur un territoire délimité dans l’Est de l’Amérique, et qui se perçoit comme telle. Ce n’est pas du tout la même chose, et les anglophones du pays ne s’y trompent pas. Le reste du Canada attend patiemment que cette querelle fratricide se termine pour s’arranger avec ceux qui auront eu le dessus. En réalité, le Bloc rend les fédéralistes canadiens-français obsolètes en tant que représentants ethniques auprès de la majorité canadienne.

C’est pourquoi des Québécois doivent de nouveau quitter leurs foyers près du grand fleuve et prendre la route du Pays d’En-Haut. Une fois sur place, il serait néanmoins préférable qu’ils évitent de s’y étriper seulement pour savoir qui a raison.

Léonce Naud

Deschambault-Grondines