Le beurre et l’argent du beurre

ÉDITORIAL / Il ne se trouve plus grand monde à Trois-Rivières pour penser que l’occupation du nouveau Colisée devrait être l’apanage d’une seule équipe de hockey. Déjà qu’il semble difficile de se diriger vers une fréquentation à la hauteur de la capacité d’accueil de cette nouvelle infrastructure, la moindre des choses serait de permettre à deux occupants d’en profiter et d’au moins donner ne serait-ce qu’une ombre de justification à ce projet de 60 millions $.

Après avoir nourri malgré lui l’actualité, les commentaires et l’humeur des élus, le promoteur terre-neuvien Dean MacDonald s’amènera à Trois-Rivières, mardi, pour présenter son projet visant à implanter une franchise de la East Coast Hockey League (ECHL) à Trois-Rivières. Lui et ses partenaires ont dû faire une croix sur la saison 2020-2021 mais sont toujours intéressés à faire entrer Trois-Rivières dans la ECHL en 2021-2022.

Les élus trifluviens seront donc en mesure de mieux connaître l’individu et surtout d’entendre sa proposition.

La beauté de la chose, dans le cas de Dean MacDonald, c’est qu’il est ouvert à une cohabitation et qu’il est disposé à laisser la gestion du Colisée à la Ville.

C’est aussi la position – officielle – du recteur de l’UQTR, Daniel McMahon, qui voudrait bien que le projet piloté par les Patriotes et soutenu par Daniel Lamarre obtienne la faveur des élus et prenne vie au nouveau Colisée. Il est aussi étonnant que décevant que ce même monsieur Lamarre soit, pour sa part, fermé à la cohabitation. Il dit ne pas y croire. Il veut l’occupation exclusive.

C’est un peu comme s’il avait demandé que le Cirque du Soleil, avec sa filiale événementielle 45 DEGREES – aujourd’hui connue sous le nom de Cirque du Soleil Événement + Expériences et intégrée à l’entreprise comme division – soit l’unique occupant de l’Amphithéâtre Cogeco pendant la saison estivale. On aurait offert une vingtaine de représentations et le reste du temps, on aurait offert la scène en laboratoire ou en lieu de répétition pour les artistes du Cirque. Du même coup, on aurait empêché plusieurs autres grands spectacles d’être présentés à l’Amphithéâtre. C’est évidemment inimaginable.

Alors on voudrait le faire au Colisée? Un Colisée payé à cent pour cent par les contribuables, via les subventions et via les sommes importantes injectées par la Ville, qui serait exclusivement occupé par une équipe universitaire? Malgré toute la valeur du projet des Patriotes, cela semble impensable. Même si monsieur Lamarre et ses partenaires veulent bonifier le calendrier avec des événements encore hautement hypothétiques, voire utopiques.

Si on ne peut pas remplir les 4500 sièges du Colisée, il faudrait au moins donner l’impression qu’il est un équipement nécessaire.

Il appartiendra à Daniel Lamarre de démontrer qu’une cohabitation est impossible ou non souhaitable. Une journaliste de Radio-Canada Mauricie a d’ailleurs effectué, plus tôt cette semaine, un impressionnant relevé des exemples de cohabitation dans des amphithéâtres sportifs canadiens de différentes capacités. Une vingtaine au total...

Bien sûr il y a des grands arénas comme le Saddledome à Calgary, le Rogers Place à Edmonton ou le Bell MTS Place à Winnipeg qui sont utilisées par une équipe de la LNH et aussi par une autre équipe, soit de la Ligue Américaine (AHL) ou junior (WHL), mais il y a des exemples de plus petits amphithéâtres en garde partagée. Le Langley Events Centre, dans la banlieue de Vancouver, a une capacité de 5200 spectateurs. Il est utilisé par une équipe junior – les Giants de Vancouver – et par une équipe universitaire – les Spartans de Trinity Western. Le North Bay Memorial Gardens, avec ses 4300 places, accueille aussi bien le Battalion de la Ligue junior de l’Ontario que les Lakers de l’Université de Nipissing.

Si ça se fait ailleurs, pourquoi ne pas l’essayer ici? Malgré toute la crédibilité et la feuille de route enviable de Daniel Lamarre, la Ville doit prendre ses responsabilités et exiger un partage des lieux.

Au prix que ça coûte...