Yves Beaudoin
Yves Beaudoin

L’avant et l’après-COVID-19 des restos

OPINION / L’auteur, Yves Beaudoin, est un entrepreneur trifluvien.

Avant la pandémie, il était déjà reconnu que les restaurants sont des entreprises difficiles à exploiter avec seulement trois restaurateurs sur dix qui survivent dans leurs cinq premières années. Depuis un mois, nous, les restaurateurs d’ici, sommes confrontés à une chute brutale des revenus, provoquée par l’enjeu criant de la COVID-19. Ceci a forcé la fermeture des salles à manger de tous les restos pour le printemps et peut-être même pour une partie de l’été.

Avec mes fils restaurateurs et ma conjointe, nous avons pris la difficile décision de mettre l’épaule à la roue face à ce défi planétaire en fermant temporairement les portes de notre entreprise familiale, Le Brasier 1908. Le résultat: une chute de 70 % de nos revenus en mars. Dans un élan de solidarité, nous avons lancé l’initiative de collaboration Resto3R.com qui informe en continu la population sur l’évolution de l’offre adaptée de 80 restaurateurs d’ici. Plusieurs restaurateurs appuient aussi Moisson Mauricie–Centre du Québec dans sa campagne «Trois-Rivières, Unie durant la pandémie» pour venir en aide aux clientèles les plus vulnérables.

Cet élan de solidarité et de réconfort n’est pas sans rappeler l’extraordinaire réaction des Trifluviens suite à l’historique Brasier en 1908. «L’âme de notre ville a été touchée», disait le maire de l’époque, tout comme le maire Lamarche le dit aujourd’hui. Cette épreuve est un défi pour la Ville de Trois-Rivières qui nous donne l’occasion de voir et faire les choses autrement.

Après la pandémie, on devra tous tenir compte d’une nouvelle réalité de distanciation sociale afin de contrer le coronavirus. Le report à 2021 du Salon du livre, du Festivoix, du Cirque du Soleil, du Grand prix ainsi que de tous les événements majeurs, représente une catastrophe pour l’industrie de la restauration. L’adaptation d’une expérience réinventée, réconfortante et sécuritaire pour les gens d’ici, est la seule option qui assurera la survie des restaurateurs.

Nous n’avons aucun contrôle sur cette crise ainsi que sur les fermetures qu’elle va engendrer. Des programmes d’aide innovateurs ont été annoncés par IDE Trois-Rivières et d’autres actions devront s’ajouter pour permettre aux restaurateurs de s’adapter pendant et après cette crise. Plusieurs questions demeurent. La maladie de la COVID-19 sera-t-elle contenue d’ici l’automne ou y aura-t-il des vagues successives au cours de la prochaine année dans l’attente d’un vaccin? Les consommateurs avides de contacts extérieurs se précipiteront-ils dans les salles à manger des restaurants de Trois-Rivières ou se méfieront-ils des espaces publics?

Les économistes prédisent que l’année 2020 sera douloureuse, mais ils ajoutent que pour 2021, ce n’est ni la misère ni les files d’attente de la dépression des années 30 qui nous attendent. Chose certaine, l’industrie de la restauration telle que nous l’avons connue ne reviendra probablement jamais. La livraison fera désormais partie intégrante du paysage avec des géants comme UberEats ou encore des formules plus écologiques et très locales comme EcoByke.ca. Que ce soit dans les restos, sur les terrasses ou dans une offre de livraison réinventée, la sécurité demeurera une préoccupation intégrée à l’expérience client. L’après-COVID-19 passera par une expérience culinaire réinventée misant sur le réconfort… oserez-vous en profiter?