Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur
C’est dimanche que sera soulignée la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie mais cela se fera dans une relative discrétion compte tenu des mesures sanitaires en vigueur partout dans le monde.
C’est dimanche que sera soulignée la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie mais cela se fera dans une relative discrétion compte tenu des mesures sanitaires en vigueur partout dans le monde.

L’autre sens de l’arc-en-ciel

ÉDITORIAL / La vie est curieuse, parfois. C’est dimanche que sera soulignée la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie mais cela se fera dans une relative discrétion compte tenu des mesures sanitaires en vigueur partout dans le monde. Et pourtant, on n’a jamais vu autant d’arcs-en-ciel que cette année.

Bien sûr, les arcs-en-ciel que l’on a vus apparaître dans les fenêtres des maisons et dans le paysage urbain depuis la mi-mars n’ont rien à voir avec la Journée contre l’homophobie et la transphobie. Mais si, pour une journée au moins, on pouvait faire un effort pour en expliquer cette autre signification, cela constituerait une belle façon d’augmenter le niveau de sensibilisation de la population face à ces réalités.

Depuis quelques années, cette fin de semaine de mai était marquée par l’événement «Ensemble contre l’homophobie et la transphobie», organisé par l’organisme GRIS Mauricie–Centre-du-Québec. Des hôtels de ville hissaient symboliquement le drapeau arc-en-ciel, certains commerces acceptaient de faire de même. On peignait même, temporairement, un passage pour piétons aux couleurs de l’arc-en-ciel. L’événement n’aura pas lieu cette année, on le comprend.

Avant de devenir le symbole de l’espoir et de la solidarité dans ce contexte de pandémie, l’arc-en-ciel était bien connu comme symbole du mouvement LGBT+, de sa diversité et de sa fierté. Et pour que se tienne chaque année une Journée contre l’homophobie et la transphobie, c’est parce qu’il y a encore certains préjugés tenaces, certains gestes d’intimidation, certaines formes d’exclusion.

Au Québec, fort heureusement, les perceptions sont plus favorables. Un récent sondage Léger révélait par exemple qu’une grande majorité de Québécois (96 %) ont affirmé avoir accepté facilement la révélation de l’identité sexuelle ou de genre d’un de leurs proches homosexuel. L’acceptation envers les personnes trans, bisexuelles ou non binaires est aussi en hausse.

Autre évolution intéressante: le pourcentage de Canadiens favorables à l’union entre un membre de leur famille et une personne de même sexe est de 70 %, alors qu’il était de 57 % en 2005. Chez les répondants québécois, cette proportion passe à 83 %.

Au Québec, en marge de la préparation du Plan d’action gouvernemental de lutte contre l’homophobie et la transphobie 2017-2022, une enquête avait révélé, notamment, une augmentation du degré d’aisance à l’égard des personnes de minorités sexuelles (de 63 % en 2013 à 74 % en 2017), ou encore une perception positive de l’homoparentalité.

Malgré ces chiffres encourageants, il y a encore de tristes réalités. Certaines personnes, par exemple, coupent les ponts ou changent d’attitude après le «coming-out» d’un proche. Et chez ceux qui sortent du placard, plus de la moitié craignent le rejet ou les gestes de violence.

Il y a encore beaucoup de sensibilisation à faire, même dans un pays comme le Canada, sur plusieurs enjeux reliés à l’homophobie. Celle-ci est toujours dans le haut de la liste des motifs d’intimidation les plus répandus dans les écoles. Même dans la population générale, plus de 40 % des Québécois disent avoir déjà été témoins de discrimination de nature homophobe ou transphobe. Il arrive encore que des personnes considèrent l’homosexualité comme étant une maladie mentale, qu’elle est contagieuse, qu’elle est synonyme de pédophilie, d’incapacité parentale et même qu’elle peut être guérie. À l’échelle internationale, plus de 70 États ont une législation répressive à l’égard des personnes homosexuelles, allant même parfois jusqu’à la peine capitale ou la prison à perpétuité.

Le 17 mai est une date symbolique pour les personnes homosexuelles. Il y a trente ans exactement, l’homosexualité était retirée de la liste des maladies mentales de l’Organisation mondiale de la santé. On peut se réjouir des progrès accomplis depuis. Mais il faut aussi être conscients des défis à relever et des préjugés qu’il faut encore éliminer.

Ça vaut bien quelques arcs-en-ciel. Ou quelques explications sur l’autre sens de ces arcs-en-ciel.