L’art de ne pas soigner les crises de panique à l’hôpital

OPINIONS / Dimanche, 17 novembre dernier. J’accompagne une amie en crise de panique à l’urgence du Centre hospitalier affilié universitaire régional de Trois-Rivières (CHAUR). Elle a vécu un état semblable il y a plusieurs années. Elle est en larmes, croit devenir folle et a manifestement besoin d’aide.

Il est 10 heures du matin. Nous prenons un numéro. Comme je ne suis pas allé à l’urgence depuis trois ans, je me demande si nous devons aussi passer par l’inscription. La préposée à l’inscription me reçoit avec une brique et un fanal derrière les parois de verre de son poste de travail.

– Pardon madame, doit-on vous remettre nos cartes d’assurance-maladie avant de passer au triage? lui demandé-je le plus civilement possible.

– Ben là! Prenez–vous un numéro pis faites la file…, dit-elle sur le ton de quelqu’un qui m’enverrait chier.

Nous avions déjà pris un numéro et continuons de faire la file pendant une dizaine de minutes.

– Quel numéro vous avez? demande une infirmière au regard austère et mal avenant qui n’aime pas se faire déranger.

– Euh... bonjour… 56, répond l’amie au bord des larmes.

– 56? Eille! J’l’avais pourtant demandé tantôt, s’indigne-t-elle, sans bonjour ni salutations d’usage dans la société.

– Je m’excuse, lui répond mon amie en continuant de pleurer.

– C’est quoi là? lui demande l’infirmière avec un regard chargé de mépris qui fait honte à la profession autant qu’à l’humanité tout court.

J’interviens pour lui expliquer que j’ai rencontré mon amie en larmes et qu’elle était en crise de panique.

– Ouin ben là, va falloir attendre; on va vous appeler.

C’est net, frette et sec. Nous nous assoyons. Je la remercie pour son excès de courtoisie…

Mon amie passe au triage. Elle se sent un peu mieux. Je crois bon de poursuivre ma journée. Je la crois entre bonnes mains.

Mon amie est partie vers 16 heures. On lui a dit que l’attente pourrait durer encore quelques heures. Elle est revenue sans avoir rencontré de médecin. Elle pourra voir son médecin de famille lundi matin.

Je lui ai dit de m’appeler à tout moment s’il y avait une nouvelle crise, m’en voulant un peu de ne pas avoir pu faire plus.

Je suis préposé aux bénéficiaires dans le secteur privé et crois en la nécessité d’avoir un système de santé public tout aussi humain qu’efficace. Au-delà des questions de salaire, tout le monde s’entend pour dire que des employées aussi médiocres au plan des relations humaines n’ont pas leur place à l’accueil. Commençons du moins par l’accueil…

Je me souviens qu’on distribuait des collations et des jus à l’urgence lorsqu’on y attendait dans les années 70.

Que s’est-il passé pour que le tissu social se dégrade au point d’accueillir aussi cavalièrement les gens? Pourquoi traiter les malades comme des déchets qui nous dérangent?

Je mériterais d’être congédié sur-le-champ si mon comportement de préposé aux bénéficiaires s’approchait du dixième de ces mauvaises employées qui ne méritent tout simplement pas de travailler au centre hospitalier.

Je pense que nous pourrions améliorer la situation aux urgences de 50 % en nous appliquant à y placer des employés un brin affables et accueillants. L’humanité fait aussi partie de la fonction.

Gaétan Bouchard

Préposé aux bénéficiaires

Trois-Rivières