Qui sommes-nous pour interpréter la psychologie animale? L'auteur de cette lettre s'interroge sur les propos tenus par notre chroniqueur Jean-Marc Beaudoin concernant les chevaux prenant part à des rodéos.

L'anthropomorphisme

En réaction à la chronique de Jean-Marc Beaudoin intitulée «Si les chevaux pouvaient parler», publiée dans notre édition du samedi, 3 juin dernier.
Tout le lectorat du Nouvelliste connait bien et aime lire «La griffe à Beaudoin», titre que son auteur, Jean-Marc-Beaudoin, donne à ses textes d'opinion publiés régulièrement dans le journal local.
L'article du samedi, 3 juin dernier, intitulé «Si les chevaux pouvaient parler» m'a laissé une impression douce-amère.
M. Beaudoin fait allusion - sans le nommer - au professeur Alain Roy, de l'Université de Montréal, qui, on le sait, avait inscrit une demande à la Cour supérieure lui demandant d'interdire la présentation, à Montréal, d'un rodéo, à l'occasion des Fêtes du 375e anniversaire de la fondation de Montréal. Ce rodéo serait, notamment, sous le parrainage du Festival western de Saint-Tite.
M. Beaudoin tente de faire la démonstration que les rodéos sont tout ce qu'il y a de plus inoffensif pour les bêtes impliquées, notamment les chevaux et pour mieux appuyer son propos, il nous dépeint ce qu'il croit voir chez l'animal, une fois le rodéo terminé: 
«...la marche légère et altière du cheval dès que la courte épreuve est terminée. Comme notre taureau, il prend souvent son temps avant de regagner les chutes. C'est son moment de gloire. Il n'a surtout pas mine basse d'une bête qui aurait souffert ou qui se serait sentie humiliée...» 
M. Beaudoin semble doué d'une telle connaissance du cheval qu'il prête à ce noble animal des qualités proprement humaines, comme la légèreté de la démarche, le port altier, aucune souffrance psychologique apparente et l'absence totale d'humiliation de la part du même cheval! 
En des mots plus scientifiques, cela s'appelle de l'anthropomorphisme, c'est à dire cette faculté que possède l'homme de prêter des qualités ou des comportements humains à des animaux ou d'autres entités. 
Quant à moi, j'avoue mon incapacité à voir l'humiliation ou la souffrance psychologique chez les animaux... Et pourtant, après avoir «lu dans la pensée du cheval», 
M. Beaudoin, plus loin, à l'intérieur du même article, affirme, au sujet des animaux, que «...comme ces derniers ne peuvent parler, il va se trouver des gens pour le faire à leur place, sans leur consentement...» Bien sûr, 
M. Beaudoin fait allusion - sans les nommer - à ceux qui veulent faire avorter la présentation du rodéo de Montréal.
Et alors, je me pose la question suivante: si ceux qui veulent empêcher la présentation du rodéo de Montréal en prétendant y voir une atteinte à la dignité et la sécurité de l'animal, ont tort d'agir ainsi puisqu'ils ne peuvent parler au nom des animaux, comment M. Beaudoin fait-il pour parler au nom de ces mêmes animaux en leur prêtant ce port altier et cette démarche légère à laquelle il fait lui-même allusion? Apparemment, si j'en crois M. Beaudoin, il y a de «bons» interprètes - en l'occurence, lui-même - et de «mauvais» interprètes de la psychologie animale que sont les opposants à ce type de manifestation.
Je n'aborderai pas, ici, l'aspect légal de cette question, puisque 
M. Beaudoin n'en traite pas dans son article. À cet égard, le débat provoqué par la demande d'injonction du professeur Alain Roy demeure important, même si cette demande a été retirée cette semaine.
Édouard Paquette
Trois-Rivières