Bernard Sévigny

Laissez travailler les journalistes

La campagne électorale municipale est maintenant chose du passé et a laissé derrière elle son lot de victoires et de défaites.

Dans plusieurs villes et municipalités de la région, le conseil municipal a changé, en tout ou en partie. Et parce que la majorité des nouveaux élus ne recevront aucune formation sur le rôle des médias, voici quelques lignes de réflexion, sans prétention.

La seule indication que certains nouveaux venus dans les conseils municipaux se feront donner, ce sera de ne pas parler aux médias. Ou de transférer au maire toute demande d’entrevue. Ou de ne pas commenter une décision du conseil. Les médias et les journalistes ont la vie dure par les temps qui courent.

À preuve, cet étrange épisode survenu à Sherbrooke, la semaine dernière. Le maire défait, Bernard Sévigny, rencontrait le nouveau maire Steve Lussier pour la passation des dossiers. À leur sortie de cette rencontre, les journalistes qui les attendaient ont demandé à M. Sévigny quel était le premier conseil qu’il a donné à son successeur. Sa réponse: «Se méfier des journalistes». 

Peut-être que c’était une mauvaise blague. Mais venant de celui qui était jusqu’alors président de l’Union des municipalités du Québec, c’est méprisant et déplacé.

Le ministre Luc Fortin, qui représente la circonscription de Sherbrooke à l’Assemblée nationale, a rapidement fait part de sa désapprobation sur Twitter: «Franchement... Les journalistes ont leur travail à faire et ils le font de manière professionnelle, particulièrement chez nous en Estrie. Je n’ai rien à redire sur le travail des médias depuis mon élection en 2014».

Voilà. Tout est dit. Les journalistes ont leur travail à faire.

Il faudrait aussi le rappeler au conseiller shawiniganais défait dans le district de la Cité, Alain Lord. Il n’a rien trouvé de mieux, pour commenter sa défaite, que de s’en prendre aux journalistes.

La semaine dernière, alors que Le Nouvelliste interpellait certains conseillers défaits, aussi bien à Trois-Rivières qu’à Shawinigan, M. Lord a refusé de parler au collègue Guy Veillette. Le conseiller élu sans interruption depuis 1994 n’a pas digéré le verdict populaire et encore moins la sortie publique de personnalités d’affaires du centre-ville de Shawinigan qui appuyaient celle qui l’a devancé au fil d’arrivée.

Après plusieurs tentatives, il a finalement été joint mardi matin, simplement pour dire avec humeur qu’il ne donnerait pas d’entrevue. «Même si j’en donnais une, tu vas l’écrire à ta manière. Tu m’excuseras, mais il n’y aura pas de réponse. C’est trop tard. Quand tu te couches le soir, te sens-tu bien? À ta place, je me sentirais mal. Tu prends plus pour ceux qui ne sont pas en poste que pour nous autres», a-t-il vociféré au journaliste qui, rappelons-le, ne faisait que son travail.

Quand la nouvelle touche quelqu’un directement et que cette nouvelle n’est pas favorable, les journalistes deviennent toujours une cible idéale. Ce n’est pas d’hier. La Fédération professionnelle des journalistes du Québec intervient régulièrement sur le sujet, notamment pour rappeler à l’ordre des élus municipaux. Certains maires bloquent l’accès aux conseils municipaux. D’autres refusent de répondre aux questions des médias. 

La réalité, comme le soulignait récemment le président de la FPJQ, Stéphane Giroux, c’est qu’il n’est pas rare de tomber sur des conseils municipaux qui continuent à avoir une mentalité de «on ne veut pas de médias. Ça existe encore trop et ça reste des obstacles au droit du public à l’information.»

Dans une démocratie, le rôle des contre-pouvoirs est essentiel. Le problème, dans le monde municipal, c’est que les journalistes sont perçus comme étant des metteurs de bâtons dans les roues. 

Et si, en ce début de nouveau mandat au municipal, on formulait un souhait? Si on demandait aux élus, quels qu’ils soient, de respecter le travail des journalistes, à condition que ces derniers respectent les règles déontologiques auxquelles ils souscrivent. Ce serait un bon début. Et c’est le public qui en serait gagnant.