Andréa Richard

Laissez-nous croire en paix... prise 2

En réponse à la lettre ouverte d'Andréa Richard publiée le 24 mai dernier.
En vous lisant, Andréa, j'essaie de comprendre en quoi votre combat et celui des vôtres pour la laïcité de l'État est si important. Comme si le futur identitaire du Québec dépendait de la disparition de tout signe ostentatoire religieux. Que les femmes musulmanes délaissent leur hijab, leur burqa ou leur voile pour se vêtir comme les femmes d'ici ou qu'on enlève le crucifix dans les lieux publics ou encore que toute autre confession religieuse ou sectaire se plie aux exigences d'une laïcité frétillant au plus infime frisson religieux, ne changera rien à la réalité fondamentale de tous ceux qui portent ces vêtements ou qui arborent ces signes. Le coeur du disciple de toute religion, lui est à nu, tout habité de sa foi.
Je comprendrais votre lutte pour un état laïc si nous étions encore dans les années 50, lorsque l'Église exerçait son pouvoir sur l'État. Mais nous sommes à des années-lumière de cela. Aussi, j'ai peine à comprendre comment le Québec pourrait être plus laïc qu'il ne l'est présentement lorsque chaque religion demeure dans sa sphère de légitimité respectueuse des normes de la société actuelle.
De quoi avez-vous peur au juste, Andréa?
De la religion musulmane? De l'islam? Certainement pas de la religion catholique. Elle est la plus effacée de toutes malgré qu'elle soit intrinsèquement liée à notre identité québécoise, qu'elle fasse partie de notre patrimoine historique; malgré qu'elle soit le pilier des institutions d'où nous est venu le meilleur de nous-mêmes en tant que savoir et dispensateur de soins et d'accueil aux plus démunis d'entre nous.
Si c'est l'Islam que vous craignez, comme bien d'autres d'ailleurs, je crois que le simple fait de parler constamment de cette religion, ne peut que lui donner une tribune inespérée. C'est en alimentant la peur que celle-ci se nourrit le mieux.
Pour ma part, je crains davantage ce que peut produire un peuple dont les convictions se limitent à une perception intellectuelle et scientifique du monde. C'est dans les interstices du vide laissé par cette autre forme de croyance que pénètrent toutes les formes de fondamentalisme sectaire ou religieux.
Aujourd'hui la plupart des gens font la différence entre la spiritualité et la religion. Les uns préfèrent développer leur spiritualité hors la religion, d'autres ont besoin de la religion pour nourrir cette dimension commune à l'espèce humaine. Et d'autres vont dans la vie en préférant ignorer l'une et l'autre. On appelle cela la liberté.
Quand, Andréa, vous vilipendez haut et fort la religion catholique, au sein de laquelle vous étiez jadis profondément engagée, vous semblez oublier que pour bien des gens elle est d'une importance salutaire.
De grâce, laissez croire en paix tous les chrétiens d'ici. Laissez croire en paix ceux qui un jour ont trouvé dans l'Église un espoir en une vie meilleure. Laissez croire en paix les personnes âgées qui trouvent en l'Église et ses dogmes des valeurs qu'ils ne retrouvent plus ailleurs. Laissez les malheureux aller frapper à sa porte et, croyez-moi, celle qui s'ouvre est loin d'en être une de prosélytisme. Sans être parfaite, puisqu'elle est faite d'êtres perfectibles, l'Église d'aujourd'hui se veut davantage un lieu pour ceux et celles qui ont soif d'une vie chargée d'un sens autre que celui des artifices qu'offrent hélas trop souvent notre vie contemporaine.
Andréa, je vous respecte, de même que votre combat. Le mien, mon combat, est celui de celle qui a compris, parce qu'elle a vu au fil du temps, que la religion, malgré tous ses travers, est aussi le lieu qui peut faire naître le plus beau en l'homme et la femme de notre temps. Et croyez-moi, je ne parle pas ici de «bondieuseries».
Hélène Arseneault
Trois-Rivières