La laïcité de l’État signifie la séparation de l’État et des religions. Ce n’est pas un mouvement contre les religions, mais une neutralité religieuse de l’État qui signifie que toutes les religions sont sur le même pied d’égalité et que tous les citoyens et citoyennes sont égaux (hommes et femmes).

Laïcité, une évolution logique du Québec

OPINIONS / Au Québec, le mouvement de laïcité de l’État a débuté graduellement. C’est avec la Révolution tranquille des années 1960 et Vatican 2 que les religieux abandonnent leur costume religieux (abandon d’un signe ostentatoire), par la suite il y aura la déconfessionnalisation du système d’éducation. Malgré ces changements, l’État québécois n’est pas encore considéré comme un État laïque. C’est donc maintenant, pour la première fois, par le projet de loi 21, que l’État québécois peut devenir un État laïc.

Le projet de loi 21 sur la laïcité de l’État est une suite logique de la Révolution tranquille. Dans notre histoire, nous avons vécu les jours sombres du contrôle excessif de la religion catholique sur le peuple québécois. Cette emprise tentaculaire contrôlait le système d’éducation et le corps des femmes. C’est également par son alliance avec l’État que le pouvoir de l’Église s’exerçait. C’est maintenant chose du passé et la loi 21 vient garantir qu’il n’y aura pas de retour en arrière.

Les symboles religieux étaient omniprésents au Québec avant la Révolution tranquille. Tout nous rappelait la religion : le crucifix dans les maisons, les icônes et statuettes dans les résidences, les écoles, les hôpitaux et autres endroits publics. L’habillement des religieux et les prescriptions de l’Église pour le contrôle des vêtements des femmes faisaient partie des exigences de la religion.

Rappelons que peu importe les religions, l’une de leurs missions est d’exercer un contrôle sur les pensées, les croyances, les valeurs et les comportements des fidèles. C’est ce que nous avons vécu au Québec. De leur côté, les pratiquants témoignent de leurs croyances et de leurs valeurs religieuses en utilisant les signes qui signalent à autrui leurs identités religieuses (la croix, la kippa, le hijab, le kirpan, etc.).

La laïcité de l’État signifie la séparation de l’État et des religions. Ce n’est pas un mouvement contre les religions, mais une neutralité religieuse de l’État qui signifie que toutes les religions sont sur le même pied d’égalité et que tous les citoyens et citoyennes sont égaux (hommes et femmes). Il n’y a donc absolument pas de discrimination fondée sur la race ou la religion comme certains l’entendent. De plus, la loi 21 n’est pas raciste, car le racisme affirme la supériorité d’un groupe sur un autre alors que la loi 21 affirme le contraire, soit légalité de tous les citoyens et citoyennes. Elle n’est pas non plus discriminatoire ou inégalitaire, puisque toutes les formes de signes religieux de toutes les religions sont touchées autant chez les hommes que chez les femmes. À ce sujet, il est possible que le voile islamique chez les femmes donne l’impression d’être davantage visée, mais c’est parce que ce signe est plus « visible » et plus présent que les autres.

Les mouvements actuels de contestation de ce projet de loi par certains groupes sont antidémocratiques puisque le gouvernement (CAQ) de Legault a été élu démocratiquement à l’automne dernier par la majorité du peuple québécois. Ce même gouvernement a toujours été clair dans ses intentions, dans son programme politique concernant la laïcité de l’État. C’est ça la démocratie, parfois ça nous convient et parfois ça ne nous convient pas, mais il faut respecter ce que la majorité a décidé.

Pierre Potvin

Ph.D. professeur retraite de l’UQTR