Laïcité à la française

À une époque pas si lointaine, la France laïque scandalisait un certain Québec catholique. Voici qu'aujourd'hui ce même Québec pourrait donner une leçon de laïcité à l'infidèle fille aînée de l'Église.
Au lieu de recourir à de belles considérations, tenons-nous-en à quelques faits vrais et concrets. D'abord les crèches de Noël. Croyez-le ou non, le cas des crèches de Noël a suscité, au niveau de l'Assemblée législative française, de vives polémiques. 
La laïcité de l'État pouvait-elle tolérer cette tradition chrétienne bien inoffensive? Le débat s'envenimant, on en appela au Conseil d'État, la plus haute des juridictions de l'ordre administratif. 
D'autorité, l'éminent Conseil d'État stipula que les crèches de Noël et leurs santons seront dorénavant autorisés dans les bâtiments publics si elles ont un caractère culturel, artistique ou festif.
Ici, au Québec, si les églises et les chapelles tiennent à leur crèche traditionnelle, quel endroit public, hôtel de ville ou autre, oserait en monter une? Ne serait-ce pas une grave dérogation à la loi de séparation de l'Église et de l'État, promulguée le 9 décembre 1905? Décidément, la laïcité française est beaucoup plus tolérante que la québécoise.
Un autre fait: le témoignage des hommes politiques, en France. François Fillon, candidat favori à la présidentielle, reconnaissait, dans un livre paru en 2016: «Je suis catholique. J'ai été élevé dans cette tradition et j'ai gardé la foi.» Au Québec, ministres et députés ou s'empressent de se déclarer incroyants ou s'en tiennent à une discrétion absolue sur leur croyance. 
Un dernier fait révélateur: le 15 août 2016, fête de l'Assomption encore très célébrée en France, trois vedettes de la politique assistèrent à la messe, sans protocole, en toute discrétion. Mais ils n'ont pas échappé à la vigilance des journalistes. François Fillon se joignit aux moines de l'Abbaye de Solesmes. Alain Juppé se mêla à la foule de Lourdes. Nicolas Sarkozy se glissa à l'intérieur d'une petite église campagnarde. 
Les journalistes ont commenté leur présence à la messe, en tout respect. Ici, au Québec, ils auraient risqué d'être objet de notre rage de dénigrement.
En voilà assez pour montrer que notre laïcité a encore la fougue de l'adolescence. 
La France a passé par là. Depuis 1905, selon les circonstances, à coup de décrets, l'État français s'est permis de nombreux accommodements, tout en respectant l'essentiel de la célèbre loi de la Séparation.
Jean Panneton, prêtre
Trois-Rivières