«La beauté de mon lac a de quoi attiser la convoitise. Ce lac est notre grande source d'eau potable et surtout, notre grande fierté. Ce lac raconte mon histoire, celle de mon père, celle de mon grand-père et de mon arrière-grand-père», mentionne l'auteur de cette lettre.

Lac-aux-Sables, mon histoire...

Avec mon fils, je marche sur les abords du lac aux Sables, sur le chemin Sainte-Marie et j'entends l'eau faire son clapotement.
Je me rends compte que les pierres qui ceinturent le lac sont les mêmes que lorsque j'étais petit. Son eau est toujours aussi belle, aussi transparente et aussi claire que jadis. Tellement qu'elle me laisse voir encore de vieux billots qui reposent tout au fond, à plus de 60 pieds de profondeur.
Je me dis que la beauté de mon lac a de quoi attiser la convoitise et que c'est normal qu'elle attire autant de riverains qui, encore aujourd'hui, ne cessent d'affluer. Ce lac est notre grande source d'eau potable et surtout, notre grande fierté. Ce lac raconte mon histoire, celle de mon père, celle de mon grand-père et de mon arrière-grand-père.
On se retrouve aujourd'hui avec des dizaines de lacs comme celui-ci, des lacs de villégiature ou de tronçons de rivière (comme la Batiscan par exemple), pourtant bordés de routes publiques, qui sont néanmoins à peu près inaccessibles à d'autres personnes que les propriétaires riverains.
Malgré les recommandations de la commission Legendre (portant sur la gestion de l'eau au Québec), en 1999, au lieu de rendre accessibles ces territoires, Québec les a laissés aux prises avec une privatisation galopante.
Dans de nombreux endroits où l'on retrouve une occupation privative intense des rives, ces restrictions sont suffisantes pour priver la très grande majorité de la population de l'usage d'un bien qui, pourtant, lui appartient. Au Québec, l'eau a été déclarée comme patrimoine commun de la nation québécoise. Il relève du bien public et du bien commun et il faut à tout prix préserver ce droit.
Plusieurs villages ne bénéficient plus d'un accès public, mais nous, à Lac-aux-Sables, nous profitons encore d'une telle ouverture. Chez nous, nous avons une zone tampon qui nous protège de cette grande privation et c'est le chemin Sainte-Marie.
Un chemin patrimonial qui, par sa dédicace et son empreinte, vieille de plus de 112 ans, en fait une propriété absolue de la Municipalité. C'est un bien public.
Alors, quand je vois des personnages autour de moi, qui normalement devraient attirer mon respect, s'activer conjointement et travailler si fort pour privatiser ce lieu, il y a de quoi être perplexe. Et quand je vois le maire de ma paroisse encourager cette action et manger à la même table que ces personnages tout en tournant le dos, quelquefois, à ses conseillers, là vraiment, il y a de quoi s'inquiéter.
Mon fils lance un caillou sur la surface du lac en espérant le voir rebondir et cela chasse quelque peu mon inquiétude. Je le regarde et sans dire un mot, je lui fais tout de même cette promesse silencieuse, «un jour, tu viendras à ton tour, marcher sur le chemin Sainte-Marie avec tes enfants».
Pour nous à Lac-aux-Sables, ce n'est pas juste un droit de propriété, c'est une façon de vivre. Ainsi, depuis toujours, l'eau est intimement liée à l'identité culturelle de notre localité. Le chemin Sainte-Marie est un attrait touristique important pour le village mais il contribue aussi et surtout à la qualité de vie des citoyens. Ce site est unique en soi par son histoire, mais aussi, pour son legs aux générations à venir, assurant la pérennité d'un endroit réservé et toujours accessible pour le public.
Chez nous, dans mon village, on ne clôture pas, on n'isole pas, on ne fait que respecter ce qui nous entoure. Dans mon village, on ne s'approprie pas la nature, on la partage.
Daniel Beaupré
Lac-aux-Sables