Selon un récent sondage, plus des deux tiers des Québécois souhaiteraient que le gouvernement procède à une réforme du mode de scrutin comme il s’y était engagé en campagne électorale.

La réforme du mode de scrutin et l’opinion de la députée de Saint-Maurice

OPINIONS / La mise au rancart du mode de scrutin actuel ne constitue pas une priorité «pour les gens de la Mauricie», a fait valoir la députée de Laviolette–Saint-Maurice, Marie-Louise Tardif. «Sur le terrain, on n’en entend pas parler pour l’instant», a-t-elle souligné.

À combien de «gens de la Mauricie» la députée de Saint-Maurice faisait-elle référence pour faire une telle déclaration? Par contre, il est tout à fait compréhensible que les élus de la CAQ s’inquiètent de leur réélection advenant l’adoption d’un nouveau mode de scrutin.

Pourtant, selon un récent sondage, plus des deux tiers des Québécois souhaiteraient que le gouvernement procède à une réforme du mode de scrutin comme il s’y était engagé en campagne électorale.

Et ce résultat du sondage, il faut le préciser, est constaté sans qu’aucune consultation populaire sur la proportionnelle mixte n’ait été enclenchée.

Dès lors, avant que la députée de Saint-Maurice prenne une position personnelle dans le débat et déclare de façon précipitée que ses électeurs considèrent que la mise au rancart du mode de scrutin actuel ne constitue pas une priorité, elle serait bien avisée de leur transmettre l’information sur les tenants et les aboutissants de la réforme en laissant à leur bon jugement le soin de formuler leurs opinions. Ce qui s’appelle la participation citoyenne à la vie démocratique.

Et, comme le disait Jean-Pierre Charbonneau, président du Mouvement démocratique nouvelle (MDN), «c’est une question de respect des citoyens». Au risque, si rien n’est fait, d’augmenter le cynisme des électeurs et de faire passer le premier ministre pour un menteur sans leadership.

Pour sa part, François Gélineau, doyen de la Faculté des sciences sociales à l’Université Laval, rappelle que «Les Québécois veulent une législature qui les représente et c’est exactement ce que la réforme du mode de scrutin vise. Trop souvent le système actuel a-t-il permis la formation de gouvernements majoritaires sans que le parti politique obtienne la majorité des suffrages ni même, parfois, la pluralité.

Le principe du «gagnant emporte tout» qui marque notre système politique génère des gouvernements qui se croient investis d’un mandat sans condition, alors qu’en réalité la majorité des électeurs ont voté pour une autre formation politique. La représentation de la diversité de notre société en souffre.

Une société plurielle mérite des institutions qui la représentent adéquatement. Les citoyens se montrent de plus en plus insatisfaits du climat qui règne au sein de la classe politique, un climat trop souvent marqué par l’affrontement et la recherche du gain politique qui conférera au vainqueur un contrôle quasi absolu sur le processus législatif. Or, le parlement devrait être un lieu d’échange et de collaboration au profit du bien commun.

L’image et la légitimité de nos institutions en souffrent.

La réforme est un pas dans la bonne direction. Certes, le changement génère de l’incertitude, mais rappelons-nous que l’incertitude est essentielle à la démocratie. La majorité des régimes parlementaires de la planète sont régis par un mode de scrutin à représentation proportionnelle. La vaste majorité de ces régimes politiques sont stables. Ils sont aussi nombreux à former des gouvernements de coalition qui arrivent très bien à gouverner en générant des consensus. Ne succombons pas à la tentation de dresser le portrait d’un scénario catastrophe à partir de quelques cas atypiques. La réforme du mode de scrutin est nécessaire, souhaitable et réalisable.

En outre, si le principal obstacle à sa mise en œuvre réside dans les craintes des députés de l’actuelle législature, une solution simple pourrait être de l’adopter en prévoyant qu’elle entrera en vigueur lors de la dissolution de la prochaine législature. Ainsi, les élus actuels ne se retrouveraient pas en situation de conflit d’intérêts en légiférant sur leur destinée personnelle. En recourant à la même stratégie, ils pourraient aussi en profiter pour régler l’épineuse question du traitement des députés. D’une pierre deux coups.»

Claude Gélinas,

juge administratif à la retraite

Shawinigan