Le pape François

La question de la laïcité reste grand ouverte

Le pape François, recevant en audience des personnalités du christianisme français, a osé déclarer: «De nos jours un État se doit d'être laïc.»
Puis sur un ton amical: «Votre laïcité est incomplète. La France doit devenir un pays plus laïque. Il faut une laïcité saine.»
La laïcité, rappelle le philosophe Comte-Sponville, est une façon pacifiée de vivre ensemble, quelle que soit la religion ou l'irréligion des uns et des autres. Aussi, ajoute-t-il, que la République n'ait pas de religion, cela n'empêche pas un républicain d'en avoir une.
Si, en 1906, le pape Pie X, selon les circonstances et ses humeurs, fulmina une condamnation du principe même de la séparation des Églises et de l'État, séparation complément de toute laïcité, voici que le pape Jean-Paul II, le 11 février 2005, dans une lettre à la Conférence des évêques de France affirme d'autorité: «Le principe de laïcité, auquel votre pays est très attaché, s'il est bien compris, appartient aussi à la doctrine sociale de l'Église».
Ne s'agit-il pas d'une juste réparation des pouvoirs? Aussi la non-confessionnalité de l'État permet que toutes les composantes de la société travaillent ensemble au service de tous. L'opinion de Jean-Paul II se base sur l'invitation du Christ à ses disciples: «Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu».
Reconnaissons que personne n'a encore formulé une définition de la laïcité qui fasse autorité. La laïcité tente de régulariser le rapport entre l'Église et l'État, deux institutions où se livrent les grands jeux de la raison et du coeur. C'est plus compliqué que de juxtaposer deux blocs de granit. On n'a pas fini de controverser sur la vraie nature de la laïcité. La question reste grande ouverte. Les uns parlent de laïcité ouverte et même plurielle, d'autres rêvent d'une laïcité rigide ou fermée.
L'embêtant, c'est que les uns et les autres sont sincères et convaincants!
Jean Panneton, prêtre
Trois-Rivières