La SAQ et le SEMB négocient présentement depuis plus d’une année.

La perspective d’une grève à la Société des alcools du Québec (SAQ)

L’auteur, Jean-Claude Bernatchez, est professeur titulaire en relations de travail à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Le Syndicat des employés de bureau et magasins (SEMB) de la SAQ, affilié à la Confédération des syndicats nationaux (CSN), compte 5500 membres dont 60 % d’entre eux travaillent à temps partiel. La convention collective actuelle, signée le 17 février 2010, d’une durée de sept ans, est échue depuis le 31 mars 2017. Les enjeux de la négociation concernent le travail à temps partiel, le plancher d’emploi spécialement pour le personnel de bureau et l’ancienneté. La SAQ et le SEMB négocient présentement depuis plus d’une année. Ils ont eu recours au service d’un conciliateur. Un mouvement de grève est annoncé. Les travailleurs de la SAQ sont distribués dans 404 succursales. À cela s’ajoutent des contrats de service avec 434 agences privées de distribution de l’alcool à la grandeur du Québec là où le niveau des ventes n’autorise pas l’ouverture d’une succursale.

Née en tant que Commission des liqueurs en 1921 et devenue subséquemment la Régie des alcools, la SAQ a tenté l’expérience du privé à petite échelle. En 1978, une trentaine de marques de vins sont disponibles en épiceries. Dans les années 90, la SAQ a entrepris un virage commercial qui marqua le début de la vente de vin en vrac et la libéralisation des heures d’ouverture dans les succursales. Le changement le plus visible de ce virage est la segmentation de son réseau de succursales en trois bannières distinctes: Express, Classique et Sélection.

En 2015, la Commission de révision permanente des programmes du gouvernement du Québec propose de mettre fin au monopole de la Société des alcools du Québec. Les tenants de la privatisation invoquent les vertus d’un marché concurrentiel qui profiterait aux consommateurs. Les défenseurs de la société d’État soutiennent, pour leur part, qu’elle contribue à réduire les problèmes liés à l’abus d’alcool. S’ajoute un argument financier: la SAQ remet annuellement plus d’un milliard de dollars en redevances à l’État du Québec. Depuis janvier 2017, des vins québécois peuvent maintenant être vendus dans les épiceries sans passer par la société d’État. Néanmoins, la SAQ s’est vu confier récemment le mandat de la vente du cannabis, ce qui accentue potentiellement sa mission d’entreprise publique. Cette confusion, quant au statut éventuel de la SAQ, est un facteur d’incertitude au niveau des relations de travail. C’est dans le contexte précité que s’est amorcée la négociation actuelle en vue de renouveler la convention collective de travail. Le bât blesse dans l’organisation du travail à temps partiel qui fut d’ailleurs au centre de la grève de 2005.

Le syndicat déplore que les généreux bonis à la performance des dirigeants de la SAQ encouragent une gestion à court terme. En outre, un principe de profitabilité valorise une main-d’œuvre flexible opérant avec un nombre minimal de salariés sur le plancher. Comme les magasins de la SAQ fonctionnent abondamment le soir et les week-ends, la demande de main-d’œuvre à temps partiel est élevée.

Le défi principal de la SAQ, dans le cadre de la présente négociation, est de rendre l’horaire des salariés à temps partiel plus prévisible et de vendre une organisation du travail réductrice d’emplois au nom d’un objectif de redevances étatiques. C’est là que les parties sont invitées à se compromettre.